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Discours Le 17 novembre 2005
Observations formulées au Banquet annuel du commerce Du leadership Merci, Leonard. Monsieur le Maire, Monsieur le Ministre, Mesdames et Messieurs. Félicitations aux lauréats de ce soir. Merci de déposer vos curriculums vitæ à la table de La Banque TD avant de quitter le banquet. C'est ma troisième visite à Winnipeg cette année. La dernière fois, j'ai eu le plaisir de participer au lancement d'ItuKiagatta, une exposition de sculptures d'art inuit de La Banque TD. J'ai aussi remis un chèque à Mrs. Asper pour le nouveau Musée des droits de l'homme qu'on érige ici. Il s'en passe des choses dans votre ville. Je suis très honoré d'être présent parmi vous à l'occasion d'un banquet qui couronne les leaders et célèbre le leadership. Bien des Canadiens d'exception sont issus du Manitoba, comme Izzy Asper, l'homme qui a rendu possible cette école de commerce. Cette salle accueille ce soir bien des personnalités du monde des affaires d'aujourd'hui et, naturellement, bien de nos dirigeants de demain. Je suis sûr que plusieurs d'entre vous ont consacré pas mal de réflexion à la question du leadership. Récemment, les nombreux manquements au devoir des leaders du Canada et d'ailleurs ont fait les frais de la presse et des conversations. Les scandales impliquant des hommes politiques qui ont trompé les citoyens ou des dirigeants d'entreprise qui ont trahi leurs actionnaires se suivent sans répit. Il y a de très bons leaders autour de nous, mais ce sont les mauvais qui ont fait la manchette et qui ont placé le leadership au cœur des débats. D'ailleurs, ce ne sont pas seulement les récits de malversations qui m'inquiètent. Dans quelques années, l'immense cohorte des baby-boomers sera à la retraite, clairsemant considérablement les rangs des dirigeants. Une fois les baby-boomers partis, qui prendra les initiatives? Comment la relève aura-t-elle été préparée pour que les entreprises continuent de prendre de l'ampleur? Quel sera le visage des chefs de demain? Price Waterhouse Coopers UK a récemment demandé à mille dirigeants d'entreprise de vingt-cinq pays quelles personnalités ils auraient souhaité voir siéger à leur conseil d'administration. Winston Churchill et Napoléon Bonaparte revenaient parmi les dix premiers. C'est un fait que ces deux hommes-là sont souvent nommés parmi les grands leaders. Mais aujourd'hui, feraient-ils encore l'affaire? Vous, qui auriez-vous nommé? Winston Churchill était un grand chef en temps de guerre. Il a mobilisé une nation qui essuyait les tirs de l'ennemi et a réussi à la conduire jusqu'à la victoire. Mais c'était aussi un grand buveur, un anticonformiste et un solitaire. Il n'avait pas planifié sa relève et a été défait aux dernières élections où il s'est présenté. Je ne suis pas certain qu'il parviendrait jusqu'au sommet de la hiérarchie dans le contexte d'aujourd'hui où le travail d'équipe est au premier plan. Napoléon? C'était un homme courageux, plein d'audace, et un grand stratège militaire. Mais il a aussi anéanti l'armée française dans une campagne désespérée contre la Russie. Bien plus, il ne croyait pas que le sacrifice de ses hommes était trop cher payé sa victoire possible. On lui a finalement confié une tâche tout à fait appropriée : le gouvernement d'une île sans sujets. Je sais bien que je ne suis pas tout à fait honnête. Comme Mark Twain l'a dit, " pour mesurer honnêtement la personnalité d'un homme célèbre, il faut le juger selon les normes de son temps, pas du nôtre ". Mais justement, c'est exactement mon propos : à époque différente, dirigeants différents. Quelle sorte de dirigeant ferait l'affaire à notre époque, ici, au Canada? Aux États-Unis, la population a élu Terminator à la tête de la Californie, et les téléspectateurs pensent que toutes les entreprises américaines sont dirigées par des Donald Trump. Je ne crois pas que ce soit le modèle idéal pour le Canada. Les Canadiens préfèrent des dirigeants un peu plus discrets. Voyez ce qui est arrivé quand Stockwell Day a paru en public en combinaison de plongée : sa bravade a été reçue plutôt froidement. Les autres pays ont des héros militaires et de grands présidents sur leurs billets de banque. Nous, nous avons des oiseaux… et pas nécessairement les oiseaux les plus voyants. Les prochains dirigeants d'entreprise au pays ne seront pas à l'image des précédents. D'une part, ils seront beaucoup plus représentatifs de la diversité canadienne. La population du Canada regroupe plus de deux cents communautés ethniques. Plus du tiers de la population est composée d'immigrants ou d'enfants d'immigrants. Nos futurs chefs, tout comme leurs employés et leur clientèle, proviendront de milieux culturels très variés. D'autre part, les prochains dirigeants d'entreprise seront probablement plus instruits; ils auront voyagé davantage et posséderont de meilleures compétences technologiques. Ils auront appris des erreurs de la génération qui les précède, et ne voudront pas les répéter - du moins je l'espère. Ils croiront à la responsabilité sociale et à l'équilibre et ne viseront pas seulement à faire de l'argent. D'ailleurs, les défis auxquels ils feront face seront eux aussi différents. Nous vivons dans un monde en constante évolution. Le monde des affaires est de plus en plus rapide, mondial et complexe. Dès qu'une tendance est identifiée comme telle, ce n'est déjà plus une tendance. Autrefois, un dirigeant pouvait déclarer ceci : « Nous traversons une période difficile, mais bientôt tout va rentrer dans l'ordre ». Désormais, il n'y a plus d'ordre établi dans lequel les choses peuvent rentrer. La technologie est en grande partie à l'origine de ce phénomène. Or, elle accomplit des progrès tellement rapides qu'il nous faut des experts pour nous dire quel est le dernier gadget de l'heure. Et la technologie va continuer de prendre de l'importance à mesure que les entreprises cherchent à l'employer pour rester concurrentielles et améliorer leurs produits et leurs services. Dans le contexte changeant des suites d'Enron et de Worldcom, la réglementation est devenue universelle et elle gruge de plus en plus de temps. Le public surveille tout de son regard scrutateur comme jamais auparavant. Pour beaucoup, la gouvernance n'est plus une priorité : elle est devenue LA priorité. Par-dessus le marché, il faut encore ajouter l'accroissement de la responsabilité des entreprises, les relations de travail de plus en plus compliquées et une liste longue comme ça de courants géopolitiques et économiques qui exercent chaque jour leurs pressions sur le monde des affaires. Et maintenant que je vous ai fait peur et que je vous ai poussés vers un autre choix de carrière, vous vous demandez peut-être quels sont les grands secrets du leadership? Disons d'entrée de jeu qu'il n'y a pas de secret. Le leadership a fait couler beaucoup d'encre… et pourtant rien de ce qui a été écrit n'a de sens, ou si peu. Les librairies regorgent d'ouvrages sur le leadership d'Attila, roi des Huns, ou sur la façon d'appliquer l'art de la guerre aux réunions du conseil. Vous y trouverez de grandes révélations rédigées par des centaines de soi-disant experts. Ou alors, vous pouvez faire ce que nous, à La Banque TD, comme bien d'autres entreprises, faisons depuis un certain temps : réfléchir longuement à ce que le leadership signifie pour votre entreprise et surtout, déterminer comment concrétiser cette vision dans l'ensemble de votre culture d'entreprise. Je crois qu'il est important que les entreprises créent un modèle de leadership qui fonctionne réellement. Le modèle doit être basé sur des principes qui peuvent être appliqués à l'ensemble de l'entreprise de façon à aider non seulement les cadres et les directeurs, mais tous les employés, à penser comme des chefs. Si le modèle est trop compliqué, trop idéaliste ou trop bureaucratique, il ne sera pas adopté. À La Banque TD, nous avons pensé qu'en définissant le leadership et en divisant la définition en principes simples que chacun pourrait appliquer, nous pourrions découvrir nos chefs de demain tout en ayant un effet positif sur l'ensemble de notre culture. Le profil du dirigeant que nous avons élaboré n'est pas du tout tape-à-l'œil, mais je crois qu'il est réalisable. En voici les sept composantes :
Nous venons juste de commencer à déployer ces principes à l'échelle de l'entreprise. Nous parlons de leadership chaque fois que nous en avons l'occasion, nous affirmons les principes grâce à des programmes de formation, de mentorat et d'encadrement, et nous évaluons nos chefs en fonction de ces principes. Il nous reste encore beaucoup de travail, mais le projet est en bonne voie. Il va sans dire que nos principes ne seront pas applicables à tout le monde jour après jour. Et peut-être même qu'ils ne seront pas bons pour vous. En fait, je ne recommande à aucune entreprise d'adopter ces sept principes tels quels, ou les principes de tout autre organisme. L'idée derrière le fait de créer un profil du leader, c'est surtout d'engager vos dirigeants et vos employés dans un processus de réflexion sur le leadership. Il s'agit d'un exercice difficile mais stimulant, qui vous force à faire une réflexion approfondie sur les valeurs de votre entreprise. Mieux encore, c'est un exercice qui vous aide à développer en groupe une vision de ce que votre entreprise devrait être. Si vous retirez un seul enseignement de mes propos, j'espère que ce sera le suivant : il faut que chacun d'entre vous prenne le temps de réfléchir à ses propres principes de leadership. Quelles sont pour vous les qualités d'un bon dirigeant? Qu'est-ce qui compte pour vous? Quel type de dirigeant serez-vous? Et peut-être que dans une vingtaine d'années, votre nom figurera dans la liste des dix meilleurs chefs…
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