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Leadership éclairé

2007


"Allocution d'ouverture prononcée à l'Université Mount Allison"

Allocution prononcée à la cérémonie de remise des diplômes 2007 de l’Université Mount Allison (qui a décerné à M. Ed Clark un diplôme honorifique)
14 mai 2007
Écrit par Ed Clark.

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Pour commencer, un mot d’avertissement : je ne suis guère habitué à m’exprimer devant de jeunes diplômés. Certes, je donne bon nombre de discours, mais avouons que le sujet des stratégies bancaires n’est pas forcément passionnant. J’ai donc demandé conseil à mes enfants pour savoir quelles allocutions leur avaient plu, à l’occasion de leur remise de diplômes, et ils me l’ont dit clairement : mieux vaut rester bref et s’abstenir de faire mourir l’auditoire d’ennui. Je parviendrai à rester bref et j’espère ne pas trop vous faire bâiller…

Tout d’abord, je désire remercier l’Université Mount Allison de cet honneur. Il s’agit d’une institution absolument unique et c’est un plaisir pour moi d’être honoré par un établissement d’enseignement de ce calibre, tout en ayant l’occasion de prononcer quelques mots devant certains des leaders de demain.

Je souhaite aussi remercier Purdy Crawford de son introduction. M. Crawford est un Canadien d’exception. Je parle au nom de toute une génération de leaders, œuvrant dans de nombreux secteurs au pays, qui seraient tous d’accord pour affirmer que Purdy Crawford a vraiment changé leur vie. S’il fallait choisir un seul modèle, pour nombre d’entre nous, la décision serait de retenir ce personnage.

M. Crawford a souligné le caractère varié de mon parcours professionnel. Pour certains observateurs, on dirait même que j’ai eu du mal à garder mon emploi. J’ai plutôt eu l’impression de bénéficier de coups de chance, tout en optant pour une stratégie relativement simple : choisir des fonctions où je pourrai m’épanouir et progresser; ne jamais opter pour un poste en raison du salaire; car en prenant un emploi intéressant, le côté financier suit.

Je vais prononcer quelques commentaires de conclusion sur l’état des politiques gouvernementales et sur le rôle clé que vous pourrez jouer afin de modeler l’avenir du Canada; toutefois, pour commencer, je souhaiterais d’abord aborder ce que j’ai retenu de mes 35 années d’efforts dans le secteur public et le secteur privé.

Comme tout premier conseil, je vous recommande de fixer un objectif bien simple : efforcez-vous de poser des gestes qui comptent. Ne laissez jamais le monde tel que vous l’avez trouvé, et assurez-vous que vos efforts ont des répercussions favorables, qu’elles soient modestes ou considérables. À La Banque TD, quand nous soulignons la réussite du personnel, notre choix porte toujours sur les employés qui ont veillé à améliorer le sort de ceux qui les entourent, en allant vers eux, en les encadrant, en les félicitant. L’un de mes amis m’a avoué qu’il avait pris une retraite anticipée, car il n’avait plus l’énergie de prendre les commandes de son travail; c’était plutôt ses fonctions qui le dirigeaient. Dans la vie, il faut savoir poser des gestes qui comptent. Quand vous dresserez votre bilan, vous vous souviendrez des personnes que vous avez aidées, des organisations que vous avez fait avancer et des événements qui ont évolué, parce que cela vous importait et que vous avez essayé d’améliorer les choses.

Choisissez un point de vue, mais ne tombez pas dans l’idéologie. C’est une forme de paresse intellectuelle. En effet, les idéologies fournissent des réponses simples à toutes les questions, même si l’histoire prouve que c’est rarement vrai et qu’une telle démarche s’avère fort coûteuse. Oui, optez pour un point de vue, car il vous en faut un pour influencer positivement la vie des gens, mais familiarisez-vous avec les opinions d’autrui; ne vous contentez pas de croire qu’ils sont ignorants ou intéressés et efforcez-vous de comprendre leur perspective, dont vous avez peut-être fait abstraction. Bien souvent, les plus grandes catastrophes militaires et politiques partent d’un manque d’écoute. Ainsi, présentez votre opinion, mais ne négligez pas d’absorber également les questions ouvertes et les doutes cachés que vous transmettent les autres.

Ne sous-estimez pas la sagesse de la pensée intuitive. À cet égard, les universités sont un lieu d’exception. J’ai grandi dans une famille d’universitaires. Les institutions universitaires enseignent les paradigmes, c’est-à-dire de grandes structures essentielles pour ordonner la pensée. J’ai un jour demandé à Jeff Simpson, l’un des grands journalistes du pays, quelles études il recommanderait pour devenir un journaliste hors pair. Il a répondu que n’importe quelle discipline ferait l’affaire. Il suffit d’en arriver à un cadre de référence pour comprendre l’univers. Toutefois, le monde est souvent dirigé par des responsables qui n’ont pas forcément fait de longues études et qui n’ont pas toujours obtenu de bons résultats scolaires. Ils possèdent par contre un autre attribut important, le simple bon sens, et même s’ils ne parviennent pas forcément à formuler un cadre rationnel expliquant pourquoi ils ont obtenu la réponse juste, il reste vrai qu’ils ont fréquemment raison. Dans d’autres cas, vous constaterez que certains intervenants proposent une réponse fausse, mais qu’ils ont bien ciblé le problème à régler. À vous donc de vous concentrer sur la difficulté qu’ils ont repérée, en oubliant la réponse erronée, et trouvez comment la régler. Ce que vous avez appris à l’école vous aidera à éviter les écueils d’un raisonnement terni de préjugés; mais sachez trouver l’équilibre en faisant place à la sensibilité, car parfois, l’intuition vous dirige vers l’essentiel.

Ne vous prenez jamais trop au sérieux, même si ceux qui vous entourent le font. À mesure que vous gagnerez en âge et que vous accomplirez diverses choses, vous bénéficierez de davantage de respect; mais n’oubliez jamais que la majorité de ceux et celles qui ont réussi doivent leur succès à une part considérable de chance et aux actions de bien des collaborateurs. Les personnes que j’admire le plus sont celles qui ont su apprécier leur succès sans perdre de vue la perspective d’ensemble. Certes, elles ont travaillé fort et accompli beaucoup; leurs réussites leur sont une source de satisfaction; mais malgré tout, elles reconnaissent la valeur des autres et de tous ceux qui les ont aidées à arriver à bon port.

Concentrez-vous sur les émotions. Nous vivons dans un monde très matérialiste. Je constate combien nous sommes enclins à laisser pour compte l’insaisissable, les plaisirs gratuits, les amitiés et la détente pour plutôt privilégier l’acquisition de biens et de services, dans une course effrénée à la consommation matérielle. Toutefois, je vois aussi que les uns et les autres désirent être inspirés et faire partie d’une cause d’envergure; ils font preuve d’une immense loyauté à l’égard de leur groupe. J’ai toujours été frappé, dans tous les milieux où j’ai travaillé, du secteur public ou privé, par le dévouement du personnel. Ce qui les motive le plus reste le leadership et non le salaire. Dans la plupart des grandes organisations, ce qui freine l’avancement professionnel, c’est le manque de compétences relationnelles et non pas les capacités intellectuelles pures. Il faut être prêt à montrer sa vulnérabilité et être en mesure d’inspirer les autres. Où que vous alliez, quoi que vous fassiez, sachez comprendre la dimension humaine et montrez votre passion. Faites preuve de leadership pour inspirer ceux qui vous entourent et jouez le rôle de modèle.

Enfin, prenez toujours le temps de réfléchir et de poser la question la plus profonde : Où désirez-vous aller? Ne vous contentez pas de simplement penser à la prochaine activité. Dans la plupart des milieux, la pression du rendement à court terme force les travailleurs à tenter d’aller plus loin en réglant les problèmes quotidiens. Impossible cependant de savoir vers où vous diriger si vous n’avez pas compris quelle est votre destination. Commencez par une feuille de papier vierge : faites la liste de vos aspirations, puis tâchez de déterminer comment y parvenir. Cette solution s’applique tout autant aux choix de la vie qu’aux problématiques organisationnelles.

Bien entendu, quand vous vous livrerez à cet exercice, vous constaterez qu’au bout du compte, ce qui importe, ce sont les amis et la famille. Avez-vous donné le maximum comme parent, conjoint, ami ou enfant? Avez-vous réussi à apporter des changements autour de vous, qu’ils soient modestes ou considérables? Voilà les objectifs au cœur d’une vie vraiment réussie : donner le meilleur de soi dans les relations humaines et s’efforcer de poser des gestes qui comptent dans toutes ses activités.

Ces observations m’amènent à mon autre sujet, à savoir l’état des politiques gouvernementales au Canada et votre rôle à cet égard. Je pars d’une proposition toute simple : nous vivons dans le meilleur pays du monde et nous avons beaucoup de chance d’être des Canadiens. Ceux et celles qui ont voyagé sont inévitablement frappés par la chance qu’ont les habitants du Canada : nous vivons dans une société empreinte de respect et de tolérance, aisée, où les citoyens bénéficient d’une immense liberté et sont en mesure de pleinement se développer. Cela dit, le Canada pourra-t-il encore et toujours maintenir son rang de pays d’exception? C’est là que vous aurez à intervenir.

Le monde d’aujourd’hui comporte de nombreux risques :

  • Les répercussions de la mondialisation apportent d’immenses avantages économiques, mais se traduisent aussi par une redistribution de la richesse qui prend des formes inquiétantes. Dans le monde occidental, les atouts de la mondialisation ne sont pas dirigés vers le travailleur moyen. La réponse ne passe pas par le protectionnisme ou des activités de lutte contre les marchés libres; par contre, il faudra des démarches beaucoup plus vigoureuses d’abaissement du fardeau fiscal touchant les personnes à faible revenu.

  • Les préoccupations environnementales prennent de l’ampleur, ce qui exige une intervention immédiate; reste à faire preuve d’intelligence dans l’application des mesures, de sorte que nous puissions mettre en branle toute la puissance de l’innovation et de l’adaptabilité d’une économie de marché.

  • La nouvelle menace que présente le terrorisme nous amène à trouver d’autres manières d’interagir, en vue de mobiliser tous les éléments modérés de la planète. Les solutions tranchées, en noir et blanc, sont vouées à l’échec; s’abstenir de communiquer avec l’ennemi correspond à une stratégie fort risquée.

Au Canada, nous avons divers défis à relever, dont le ralentissement de la hausse de la productivité, ainsi qu’un manque d’orientation claire quant à notre rôle dans le monde. Parmi les pays de l’OCDE, nous sommes passés du 3e au 17e rang à l’égard de la qualité de vie. Le taux de croissance de la productivité du Canada atteint la moitié du progrès réalisé par les États-Unis. Il nous faut remettre en perspective le débat, pour que les Canadiens comprennent qu’il s’agit en fait de viser davantage de prospérité pour eux-mêmes. Si je me présentais dans l’une de nos succursales en déclarant : « Lançons un concours de productivité! », l’équipe accueillerait ma suggestion avec beaucoup de froideur. Trop souvent, on estime que la productivité va s’exprimer par une réduction du nombre de postes. Dans ce cas, pourquoi l’employé aurait-il intérêt à travailler plus fort, pour en arriver à supprimer son propre poste ou celui d’un collègue?

En revanche, je peux aussi proposer cette approche aux travailleurs : « Débarrassons-nous de tout ce qui vous fait perdre du temps. Dites-moi quels sont les outils technologiques qui vous aideraient à faire votre travail plus rapidement et plus facilement. » Aussi, j’ajouterais la mention clé suivante : « Si nous parvenons à réaliser des économies, nous veillerons à les réinvestir dans la croissance et sous forme de salaires plus élevés… » Je bénéficierais alors d’une réaction enthousiaste. C’est pourquoi il nous incombe de remettre en perspective le débat : il est question d’augmenter le revenu réel du Canadien moyen, et d’accroître les perspectives d’emploi. Nous ne pourrons régler la problématique de la productivité sans opérer des choix difficiles. Il ne suffit pas de simplement dépenser davantage. J’ai travaillé en Afrique pendant deux ans, en Tanzanie, où le président avait choisi un principe tout simple régissant la politique publique : planifier, c’est choisir. Mais il importe aussi de faire des choix que le commun des mortels trouvera pertinent.

Dans les années 1990, nous avons retenu des orientations exigeantes. Nous avons décidé que la pertinence d’un gouvernement dépendait au premier chef de sa solvabilité; nous avons donc éliminé le déficit fédéral et veillé à fermement consolider l’assise financière du Régime de pensions du Canada. Ces dernières années, nous avons cependant dépensé ces dividendes fiscaux sans guère de logique. Je ne suis pas convaincu que nous avons vraiment déterminé un plan pour rehausser le pouvoir d’achat réel du citoyen moyen. Il s’agit d’abaisser l’impôt pour les contribuables les moins privilégiés, en évitant de faire diminuer le revenu réel du Canadien moyen. Voici des mesures que je juge essentielles : allègement des impôts pour les plus démunis et non pour ceux qui sont bien nantis; réduction des charges fiscales sur l’emploi et le capital; réforme de l’assurance emploi; augmentation des échanges commerciaux et de la mobilité de la main-d’œuvre, entre les provinces; et davantage d’investissements dans l’éducation. Voilà des choix qui s’imposent; mais il faudra votre leadership et un engagement voulant que les gains de productivité connexes soient distribués à ceux qui en ont le plus besoin.

Le Canada avait adopté pour vision de jouer un rôle important et indépendant dans le monde. À titre d’allié toujours fidèle des États-Unis, de principal donateur au tiers-monde et de pays indépendant dans ses valeurs, le Canada était vu par de nombreux pays comme un intervenant nord-américain différent. Sur le plan social, nous avons décidé que les gais et les lesbiennes bénéficiaient des mêmes droits au mariage que tout autre citoyen. La charte des droits et libertés venait de prendre une nouvelle application concrète.

Toutefois, de graves événements récents nous ont forcés à adopter de nouveaux rôles. Aussi, la croissance d’autres pays a mis en évidence notre faible taille relative. Nous n’avons pas réussi à tenir nos promesses d’aide humanitaire et nous hésitons quant à leur valeur véritable. Aujourd’hui, les Canadiens s’interrogent sur leur identité : Sont-ils la version « courtoise » des Américains? Se soucient-ils vraiment davantage du tiers-monde? Sont-ils prêts à appuyer des initiatives internationales? Malgré tout, nous bénéficions d’un capital de confiance, à l’échelle de la planète, qu’il faut éviter de perdre par négligence ou sans réfléchir. Il nous faut toute l’énergie de notre jeunesse pour exiger que le Canada se dépasse et aille encore plus loin, aujourd’hui comme demain, afin d’être à la hauteur de sa réputation.

Afin d’apporter une résolution aux enjeux d’aujourd’hui, il ne suffira pas d’accorder un financement à tous les groupes de pression du pays ou encore, de tenter de plaire à chacun des pays du monde par nos diverses politiques. À vous de décider quel est le Canada que vous voulez créer. Par la suite, il vous faudra faire connaître votre point de vue. Est-ce à dire qu’il vous faut tous entrer en politique? Loin de là. N’oubliez pas que, trop souvent, les politiciens suivent le mouvement au lieu de le diriger. Ce sont les citoyens qui mènent. Je ne veux pas non plus dire que vous avez tout intérêt à travailler dans le secteur public. Il est également essentiel de compter sur des chefs d’entreprise qui peuvent voir au-delà d’une vision trop étroite des intérêts commerciaux. À vous de choisir un point de vue, de poser des gestes qui comptent, et vous pourrez avoir une influence positive sur le Canada et le monde.

Voilà, j’espère n’avoir pas été trop pénible. Vous vous apprêtez à prendre un grand départ. Votre famille et vos amis sont fiers, à juste titre. Donnez libre cours à votre dynamisme. Le monde est là, à vos pieds. Grâce à vos efforts, à l’appui de votre famille et au soutien de notre société, vous avez pu développer vos capacités. Vous êtes en mesure de réaliser vos rêves. Allez-y. Choisissez une voie qui vous passionne. Changez le monde, en prenant le secteur d’activités qui vous intéresse. Et surtout, faites quelque chose qui vous plaît. Il est trop triste d’avoir des regrets par la suite…

 

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Ed Clark
Président du Groupe et chef de la direction
Groupe Banque TD

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