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2010


"La dette canadienne : une bombe à désamorcer"

Cet article a été publié dans The Globe and Mail on 19 avril 2010.
Écrit par Don Drummond.

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Pendant que de nombreuses économies de par le monde chancellent sous le poids écrasant d’une énorme dette publique et privée, les Canadiens semblent résolument optimistes. Notre dette publique nette est bien inférieure à la norme internationale et nous n’avons vécu ici rien de comparable à l’effondrement du marché de l’habitation aux États-Unis, où dans le tiers des cas, le solde des prêts hypothécaires est actuellement supérieur à la valeur marchande des maisons.

Malgré tout, l’augmentation rapide de l’endettement des ménages canadiens représente rien de moins qu’une véritable bombe à retardement dont le tic tac se fait de plus en plus oppressant. Si les Canadiens ne ralentissent pas le rythme auquel ils s’endettent, cette bombe finira par exploser. De plus, pour jouir à la retraite du niveau de vie auquel ils aspirent, de nombreux Canadiens devraient commencer à épargner davantage.

Une bonne part des soucis que cause l’endettement des ménages canadiens tient au fait que la dette globale des particuliers représente actuellement 146 % de leur revenu disponible, une augmentation de 90 % par rapport à il y a 20 ans. Et 20 ans avant, l’endettement global était inférieur à 80 % du revenu après impôt. Cette augmentation de l’endettement des ménages relève d’un phénomène qui revêt des aspects sociologiques, économiques et financiers.

VIRAGE CULTUREL

Chaque génération semble s’éloigner davantage que la précédente de la notion qu’il faut épargner avant d’effectuer un achat important. De nos jours, on ne craint plus d’emprunter pour assouvir immédiatement ses envies. Certains produits financiers novateurs, comme les lignes de crédit sur valeur domiciliaire, ont facilité ce virage.

La tendance à la hausse de l’endettement des ménages n’est pas nécessairement si inquiétante. Les dettes ainsi contractées sont en bonne partie des dettes à long terme et n’ont pas à être remboursées avec le revenu d’une seule année. Souvent, on s’endette pour acquérir des éléments d’actif, surtout des maisons, mais aussi des placements boursiers. Comme ces placements généraient un rendement très élevé jusqu’à ce que la Grande récession frappe, la valeur nette des ménages ne cessait d’augmenter malgré l’alourdissement de leur dette. En outre, comme les taux d’intérêt n’ont jamais été si bas, le coût du service de cette dette est faible.

La solidité des institutions financières canadiennes crée par ailleurs ici un sentiment de sécurité absent dans d’autres pays. La plupart des institutions canadiennes imposent des conditions très strictes avant de prêter de l’argent et leur capitalisation leur permet de couvrir les éventuels défauts de paiement. Au Canada, tout prêt hypothécaire consenti à un emprunteur qui n’est pas en mesure de verser au moins 20 % de la valeur de la maison achetée doit être assuré.

Si la tendance globale à un plus fort endettement des ménages n’est pas vraiment préoccupante, l’accélération récente de cette tendance inquiète. Pendant de nombreuses années, la dette a augmenté d’environ 2,5 points de pourcentage de plus par année que les revenus. Cet écart est passé à 4 ou 5 points de pourcentage en 2005 et a littéralement explosé pendant la récession. Malgré l’affaissement des revenus, après un bref recul, les prix des maisons ont continué de grimper, stimulés par la hâte des Canadiens de profiter des bas taux d’intérêt.

Certains signes de stress commencent à transparaître. En 2008, la valeur globale de l’actif des ménages a essuyé un premier recul de 2,7 % pendant que la croissance de leur dette se poursuivait et bondissait à 9 %, les Canadiens semblant peu impressionnés par la Grande récession. En 2009, même si la valeur de l’actif des ménages a repris un peu du terrain perdu, le ratio de l’actif au passif a atteint son point le plus bas de l’histoire, car la dette a continué d’augmenter plus rapidement que la valeur de l’actif détenu. La Banque du Canada estime que même si les taux d’intérêt se situent à un niveau historiquement bas, 6 % des ménages canadiens se trouvent dans une situation financière vulnérable à cause des sommes qu’ils doivent consacrer au service de leur dette.

Compte tenu de la hausse imminente des taux, ce pourcentage de ménages vulnérables ne peut qu’augmenter. Les Services économiques TD s’attendent à ce que, d’ici quelques années, les taux d’intérêt à court terme atteignent environ 4 % et à ce que le taux des obligations d’État à plus long terme atteigne près de 5 %. Dans ce contexte, la proportion du revenu des ménages allouée aux frais d’intérêt sera à son sommet des 20 dernières années.

Dans ce même scénario d’augmentation des taux d’intérêt, mais doublée d’une forte croissance du crédit, la Banque du Canada estime que le pourcentage de ménages vulnérables augmenterait à 8,5 %. Si les taux d’intérêt devaient augmenter d’un point de pourcentage de plus que nous le prévoyons dans nos projections, cette proportion de ménages vulnérables s’élèverait à presque 10 %. Le tort qui serait alors causé aux ménages canadiens et à l’économie nationale deviendrait bien palpable. Toutefois, même si ce scénario se concrétisait, on serait encore loin de l’effondrement auquel on a assisté ailleurs, grâce à l’excellente capitalisation des institutions financières canadiennes.

RALENTISSEMENT DE L’ENDETTEMENT

La voie à suivre est claire. Pour désamorcer cette véritable bombe à retardement, les ménages canadiens doivent ralentir le rythme auquel ils accumulent les dettes. La croissance des dettes des ménages canadiens doit redescendre de son taux annuel récent de presque 9 % à un maximum de 6 %. La consommation peut encore augmenter, mais avec plus de retenue. Les ménages devront faire leur deuil de certains biens qu’ils convoitent ou en reporter l’achat jusqu’à ce qu’ils aient épargné l’argent nécessaire.

Ces mesures sont d’autant plus nécessaires qu’il est peu probable que les maisons ou les placements boursiers génèrent des gains en capital substantiels susceptibles d’assainir le bilan des ménages, comme cela s’est produit au cours des 10 premières années du nouveau millénaire, période au cours de laquelle les maisons s’appréciaient de près 8 % par année. Les Services économiques TD s’attendent à ce que les taux de rendement à venir soient nettement inférieurs aux moyennes passées. Il s’ensuit que pour disposer à la retraite du revenu auquel ils aspirent, les Canadiens devront économiser davantage. Dans l’avenir, il serait étonnant que les maisons s’apprécient de plus de 4 % par année, ce qui est nettement inférieur aux 8 % des dernières années. Dans un monde où l’inflation se situe à 2 %, il est peu probable que les titres à revenu fixe génèrent un rendement supérieur à 4 % par année, et le rendement annuel moyen des marchés boursiers ne devraient pas dépasser 7 % ou 8 % (dividendes inclus).

C’est donc dire que globalement, le portefeuille des ménages générera année après année un rendement de 2,5 points de pourcentage inférieur au rendement auquel les ménages se sont habitués ces dix dernières années. La consommation des ménages devra donc nécessairement augmenter à un rythme plus lent. Il deviendra beaucoup plus difficile de dépenser en s’appuyant sur l’appréciation de son actif.

La nécessité pour les Canadiens d’épargner davantage persistera pendant de nombreuses années. Selon plusieurs études récentes, le système de revenu de retraite au Canada est relativement sain. La plupart des Canadiens disposent en effet d’un pécule suffisant pour maintenir leur niveau de vie à la retraite. Cependant, ces mêmes études ont aussi identifié un groupe important de Canadiens, concentrés dans les classes moyenne et moyenne-supérieure, qui sont plus vulnérables parce qu’ils ne participent à aucun régime de retraite d’employeur et que leur épargnes sont actuellement insuffisantes.

Ce point de vue relativement optimiste est dans une large mesure rétrospectif. Cette question du caractère suffisant de l’épargne-retraite est intimement liée à la littéracie en matière financière. Or presque le tiers des répondants à une enquête de Statistique Canada ont reconnu ne disposer d’aucun plan pour combler leurs besoins financiers à la retraite.

Certaines tendances récentes sont également de mauvais augure. La couverture des régimes de retraite d’employeur continue de rétrécir, particulièrement celle des régimes à prestations définies, le nec plus ultra en ce domaine. D’autre part, le nombre de travailleurs autonomes et d’employés contractuels ou à temps partiel ne cesse d’augmenter. Le filet de protection de ces travailleurs est très mince et leur revenu fluctue de manière très importante.

Qui plus est, à cause de facteurs démographiques et de changements survenus sur le marché du travail, la période dont disposent les travailleurs pour accumuler de l’épargne ne cesse de raccourcir. Les Canadiens étudient plus longtemps et arrivent donc sur le marché du travail plus tard dans la vie. Jusqu’à tout récemment, ils prenaient également leur retraite plus tôt. Les couples fondent leur famille à un âge plus avancé qu’avant et se trouvent à devoir engager des dépenses additionnelles à une étape de la vie qui avait coutume d’être réservée à l’accumulation d’épargne. L’âge médian auquel les Canadiennes ont leur premier enfant est aujourd’hui de 30 ans. Il s’ensuit que les parents doivent assumer la facture des études postsecondaires de leurs enfants alors qu’ils ont la cinquantaine bien sonnée. Pour les générations précédentes, ces dépenses étaient négligeables et pouvaient même être couvertes par le salaire d’un étudiant travaillant à temps partiel. Or, le coût d’un baccalauréat pour un enfant né aujourd’hui s’élèvera à presque 100 000 $ en dollars actuels si l’étudiant ne vit plus chez ses parents. Avec deux enfants, la somme double à pratiquement 200 000 $.

Ce facteur a une incidence déterminante sur les besoins d’épargne à vie des Canadiens. Et encore là, contrairement à ce qui s’est produit dans le passé, les Canadiens seraient bien avisés de ne pas compter sur les éventuels gains en capital générés par leur maison ou par leurs placements boursiers pour répondre à ces besoins. Leurs économies proviendront nécessairement de la source la plus difficile qui soit : le revenu après impôt issu d’un dur labeur.

DÉSASTRE POTENTIEL APPRÉHENDÉ

Maigre consolation pour les Canadiens : ils ne sont pas encore confrontés à un désastre financier imminent instillé par une dette excessive. Mais rien ne dit que cela n’arrivera pas. Ainsi, si les taux d’intérêt devaient bondir à 10 % et plus, le bilan financier des ménages pourrait s’effondrer comme un château de cartes. La menace de taux véritablement élevés pourrait se matérialiser si les autorités monétaires perdent le contrôle sur l’inflation et si les décideurs politiques ne gèrent pas les finances publiques avec la rigueur nécessaire pour limiter l’ampleur de la dette. Le danger d’hyperinflation est actuellement très faible, mais partout dans le monde, à mesure que les économies retrouveront le chemin de la croissance, les banques centrales devront s’efforcer d’absorber les excédents de liquidités. Les autorités canadiennes travaillent actuellement à l’élaboration de programmes visant le retour à l’équilibre budgétaire. Toutefois, dans de nombreux autres pays, on n’est pas si clairvoyant.

La Grande récession a rappelé à tous ceux qui l’avaient oublié que le Canada est très vulnérable aux chocs financiers extérieurs, et plus particulièrement à ceux venant des États-Unis. Une hausse importante des taux d’intérêt pourrait évidemment faire plonger les prix des maisons et l’effet de ce plongeon dépendrait alors en partie du fait qu’il y ait ou non une bulle immobilière au Canada. Les Services économiques TD ne croient pas qu’il y en ait une actuellement, et à moins que le scénario catastrophe décrit précédemment ne se concrétise, nous prédisons que les prix des maisons continueront dans l’avenir de croître, bien qu’à un rythme beaucoup plus lent, plutôt que de plonger.

Pour tous les Canadiens, il est à espérer que les décideurs politiques et les organismes de réglementation canadiens feront preuve de vigilance afin d’éviter les catastrophes potentielles décrites précédemment. Le reste est entre les mains des ménages canadiens. Bon nombre d’entre eux devront épargner davantage aujourd’hui et dans l’avenir. La cloche annonçant la fin de la récréation n’a peut-être pas encore sonné, mais il serait peut-être avisé de commencer à s’y préparer.

 

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Don Drummond
ancien premier vice-président et économiste en chef

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