Connaissances en placement
juillet 27 2026

Crédit canadien : occasion dans un marché valorisé

5 minutes

Sherbanu Moledina, vice-présidente, Titres à revenu fixe, Gestion des portefeuilles clients, Gestion de Placements TD Inc.

Le marché canadien des obligations de sociétés de qualité investissement a fait preuve d’une résilience remarquable ces dernières années. Malgré les risques géopolitiques élevés, les craintes d’inflation périodiques, la forte volatilité des taux d’intérêt et l’explosion des émissions d’obligations de sociétés, les écarts de taux sont demeurés près des niveaux les plus serrés de ce cycle. Pour les investisseurs habitués à voir la pression de l’offre se traduire par des écarts plus importants, le rendement du marché présente un paradoxe apparent.

À première vue, les écarts actuels peuvent laisser penser que les occasions sont limitées. Pourtant, en profondeur, la situation est plus nuancée. La solidité des fondamentaux des sociétés, la demande persistante de revenus de grande qualité et les taux globaux attrayants continuent de soutenir cette catégorie d’actif. En même temps, à mesure que le cycle du crédit progresse et que les évaluations laissent moins de marge, la réussite des placements dépend de plus en plus de la sélection des titres, plutôt que d’une vaste exposition au marché.

Un marché qui absorbe une offre record

L’un des développements les plus notables sur les marchés du crédit a été leur capacité à absorber la forte augmentation des émissions d’obligations de sociétés sans que les écarts de taux se creusent de façon soutenue.

La demande de capitaux est alimentée par plusieurs tendances structurelles, comme les investissements dans les infrastructures, la reconfiguration des chaînes d’approvisionnement, les activités de fusion et d’acquisition et, de plus en plus, les dépenses liées à l’intelligence artificielle (IA). Les grandes sociétés technologiques comptent parmi les emprunteurs les plus actifs à l’échelle mondiale, car elles financent des centres de données, des infrastructures infonuagiques et des programmes d’investissement dans l’IA. Les récentes émissions de titres de créance lancées par de grandes sociétés technologiques comme Alphabet et Amazon ont établi des records sur plusieurs marchés, reflétant l’ampleur du capital requis pour soutenir la prochaine phase de développement de l’infrastructure numérique¹.

Historiquement, une augmentation importante de l’offre d’obligations devrait exercer des pressions à la hausse sur les écarts, car les investisseurs demandent une compensation supplémentaire pour absorber la nouvelle émission. Or, les écarts de taux sont demeurés résilients, ce qui montre que la demande des investisseurs continue de suivre le rythme de l’offre.

Cette résilience traduit le soutien fondamental et technique dont jouit cette catégorie d’actif.

L’avantage de taux reste attrayant

L’explication la plus simple de ce paradoxe est que les taux demeurent attrayants. Aujourd’hui, les obligations de sociétés canadiennes de qualité investissement continuent d’offrir des taux nettement plus élevés que leurs moyennes à long terme, procurant aux investisseurs un niveau de revenu qui n’était essentiellement pas disponible pendant la période de taux d’intérêt extrêmement bas de la décennie précédente. Les données du marché montrent que les taux des obligations de sociétés canadiennes de qualité investissement continuent d’osciller autour de 4 %, ce qui est nettement supérieur au niveau médian enregistré par cette catégorie d’actif sur environ 15 ans².

Pour les régimes de retraite, les compagnies d’assurance, les fonds de dotation, les fondations et les autres investisseurs institutionnels ayant un passif à long terme, cela donne aux investisseurs l’occasion de générer un revenu intéressant tout en conservant une exposition à des émetteurs de grande qualité dont le profil de crédit est relativement stable.

Le contexte actuel contraste fortement avec celui des années qui ont suivi la crise financière mondiale, époque à laquelle les investisseurs devaient souvent accepter un risque de crédit plus élevé ou une exposition à une durée plus longue pour obtenir des niveaux de revenu comparables.

Les fondamentaux continuent d’offrir un filet de sécurité

Il est important de noter que la vigueur du marché du crédit ne découle pas uniquement de la demande des investisseurs. Les fondamentaux des sociétés demeurent généralement favorables dans une grande partie de l’univers des obligations de qualité investissement. La croissance des bénéfices a ralenti, mais reste positive dans de nombreux secteurs, les bilans demeurent solides, les niveaux de liquidité sont satisfaisants et l’accès aux marchés financiers demeure solide.

Qui plus est, les attentes en matière de défaillances demeurent faibles à la lumière des normes historiques. Bien que la croissance économique ait ralenti et que l’incertitude politique demeure élevée, le contexte général reste relativement favorable pour les émetteurs d’obligations de sociétés de grande qualité³.

Des signes indiquent assurément que nous avançons dans le cycle du crédit. L’endettement a commencé à grimper légèrement dans certains secteurs, les dépenses en immobilisations financées par emprunt augmentent et les fusions se sont accélérées. Toutefois, de nombreux émetteurs se trouvaient au début de la période dans une position remarquablement solide sur le plan financier, après des années de redressement du bilan et de gestion prudente du capital.

Cette distinction est importante. Les cycles de crédit se détériorent rarement en raison du coût élevé des écarts de taux. Plus souvent, le changement survient lorsque la croissance économique faiblit considérablement, que les bénéfices diminuent, que les conditions de financement se durcissent et que les fondamentaux des sociétés commencent à se détériorer. Conditions qui demeurent actuellement largement absentes parmi les émetteurs de grande qualité.

Pourquoi la sélectivité est plus importante que jamais

Le défi pour les investisseurs est que les écarts serrés laissent moins de place à l’erreur. Lorsque les écarts de taux sont importants, les investisseurs peuvent souvent compter sur une vaste exposition au marché pour générer des rendements intéressants. En revanche, lorsqu’ils frôlent leurs niveaux les plus serrés du cycle, la sélection des titres de créance gagne en importance, car les investisseurs sont moins généreusement récompensés à l’égard du risque de crédit additionnel assumé.

Sur le marché actuel, tous les émetteurs ne sont pas aussi bien placés pour composer avec le ralentissement de la croissance économique, l’évolution de la dynamique commerciale ou la hausse des besoins en capitaux. Les fondamentaux sectoriels sont de plus en plus disparates, les décisions de gestion jouent un rôle plus important et les risques propres aux émetteurs importent plus qu’au début du cycle. C’est là que la gestion active peut ajouter une valeur notable.

L’analyse minutieuse des fondamentaux de l’émetteur, de la dynamique sectorielle, des décisions d’affectation du capital, des niveaux d’évaluation et des structures d’échéance peut aider les investisseurs à repérer des occasions ne ressortant pas nécessairement dans les évaluations au niveau de l’indice. Par ailleurs, la gestion active peut aider les investisseurs à éviter les titres de créance dont les écarts ne compensent plus adéquatement les risques assumés.

L’occasion sous la surface

Bien que les évaluations globales laissent entrevoir un marché sur lequel les titres ont atteint leur pleine valeur, le marché canadien des obligations de sociétés de qualité investissement continue d’offrir des occasions aux investisseurs qui sont prêts à regarder au-delà des écarts globaux. La vigueur de la demande, les fondamentaux solides et les taux globaux attrayants continuent de soutenir cette catégorie d’actif. Toutefois, les facteurs de rendement excédentaire devraient changer à mesure que le cycle progresse. Le succès dépend de plus en plus de la capacité à trouver les bons émetteurs et du maintien d’une approche rigoureuse en matière d’évaluation sur un marché qui continue de récompenser la sélectivité. Pour les investisseurs institutionnels, l’occasion ne consiste plus simplement à détenir des titres de créance; il faut détenir les bons titres de créance.

¹ Reuters, Analysts revise AI hyperscaler debt forecasts after Amazon bond sale, 17 mars 2026; informations de Reuters sur l’émission de titres de créance des fournisseurs de services à très grande échelle et le financement des infrastructures d’IA.

² Beutel Goodman, Bulls on Parade, août 2025. Le taux de rendement au pire de l’indice Bloomberg des sociétés canadiennes était d’environ 4 % et d’environ 75 pdb au-dessus de son niveau médian sur 15 ans.

³ Notations de Moody’s, perspectives de défaillance et commentaire sur la défaillance des sociétés, juin 2026. Les attentes de défaillance demeurent inférieures à ce qu’elles étaient lors des périodes de crise historiques, malgré une croissance économique plus faible.

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