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Publié : 17 mars 2026
 

Connaissances en placement +   5 minutes 
= Perspectives actuelles

Produire sa propre électricité : comment l’IA force les sociétés technologiques à sortir des sentiers battus

L’expansion rapide de l’IA entraîne de nouveaux défis et des occasions sur les marchés mondiaux de l’électricité.

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Juliana Faircloth
vice-présidente et directrice, Recherche de portefeuilles, Gestion de Placements TD Inc.

Heather Greenman
vice-présidente et directrice, Recherche de portefeuilles, Gestion de Placements TD Inc.

L’intelligence artificielle (IA) ne fait pas que transformer les industries et les logiciels; elle révolutionne maintenant toute l’économie entourant le réseau électrique. Pendant que les centres de données à très grande échelle dévorent l’électricité, les services publics, les organismes de réglementation et les investisseurs font des pieds et des mains pour suivre le rythme. L’essor de l’IA à l’échelle mondiale a rehaussé les attentes en matière de productivité, suscité la création de nouveaux modèles d’affaires et catalysé de nouvelles vagues d’innovation technologique. Pourtant, au sein des conseils d’administration et dans les salles de contrôle des services publics, une question se pose : d’où proviendra toute l’électricité?

Aux États-Unis et ailleurs, l’appétit de l’IA pour l’électricité pèse sur les réseaux vieillissants, fait grimper les coûts et met la table pour de nouvelles stratégies d’entreprise qui étaient impensables il y a à peine quelques années. Pour les investisseurs, il n’est plus seulement question d’octets et d’algorithmes, mais aussi d’électrons et d’infrastructures.

La consommation énergétique derrière la demande exponentielle en IA

La prolifération des grands modèles de langage, des outils d’apprentissage automatique et des plateformes d’IA générative n’a pas seulement un impact sur les logiciels – elle entraîne aussi la construction d’infrastructures massives. Les centres de données qui hébergent les puces spécialisées et les processeurs graphiques servant à former et à alimenter ces modèles fonctionnent sans arrêt et consomment autant d’électricité qu’une ville de taille moyenne.

Aux États-Unis seulement, les centres de données ont consommé environ 183 térawattheures (TWh) d’électricité en 2024, soit plus de 4 % de la demande nationale, et cette proportion pourrait plus que doubler d’ici la fin de la décennie si aucune percée ne permet d’améliorer l’efficience¹. Un centre de données d’IA à très grande échelle peut utiliser autant d’électricité que 100 000 maisons par année et les installations actuellement en construction pourraient en nécessiter 20 fois plus².

Autrement dit, la révolution logicielle de l’IA s’étend maintenant au réseau énergétique.

Contraintes du réseau, augmentation des coûts et grogne des consommateurs

Alors que les services publics prévoyaient auparavant une croissance modeste de la demande d’environ 1 % à 2 % par année, les besoins liés à l’IA pourraient entraîner dans certaines régions une croissance de 15 % à 35 % d’ici quelques années. Ces fortes hausses n’ont pas qu’un impact statistique : les marchés locaux de l’électricité près des grappes de centres de données à très grande échelle affichent des prix de gros records et une capacité de plus en plus limitée³. 

Dans des marchés comme celui de PJM Interconnection, qui dessert une grande partie de l’est des États-Unis, les prix de gros de l’électricité ont monté en flèche en raison de l’augmentation prévue de la demande. Certains exploitants de réseaux ont déclaré des hausses pluriannuelles des prix aux enchères, ce qui aura des répercussions sur les taux des consommateurs dans les prochaines années⁴.  Cette combinaison de contraintes liées à l’offre et d’impact négatif sur les consommateurs a créé un débat politique pour savoir qui devrait assumer le coût de cette nouvelle économie numérique, ce qui a mené à un important développement politique récent.

« Payez pour votre propre électricité » : les fournisseurs de services à très grande échelle visés par la nouvelle politique du président Trump

En janvier 2026, le président des États-Unis, Donald Trump, a annoncé une initiative politique de premier plan stipulant que les grandes sociétés technologiques responsables de la hausse de la demande d’électricité attribuable à l’IA devraient aider à financer l’augmentation de la capacité de production plutôt que de laisser les consommateurs et les services publics en faire les frais⁵.

La proposition obligerait les sociétés technologiques à participer à la construction de nouvelles centrales électriques, au moyen de contrats à long terme pouvant atteindre des milliards de dollars, et à couvrir les coûts, qu’elles consomment ou non toute l’énergie produite. Il s’agit d’un changement important par rapport à la pratique antérieure, selon laquelle les services publics et les contribuables assumaient la majeure partie des coûts de production et d’expansion du réseau. Le président Trump et les gouverneurs qui appuient cette initiative soutiennent que cette approche est nécessaire pour prévenir la hausse des factures d’électricité, qui a déjà commencé dans de nombreuses régions en raison de l’augmentation de la demande.  Pour leur part, les fournisseurs de services à très grande échelle semblent prêts à absorber une partie des dépenses supplémentaires.

La nécessité d’avoir accès à sa propre électricité

Même avant que les politiciens s’en mêlent, les fournisseurs de services à très grande échelle avaient discrètement commencé à mettre en œuvre de nouvelles stratégies pour répondre à leurs besoins énergétiques⁶. L’attente pour se brancher au réseau dans les principaux marchés peut atteindre de trois à cinq ans, tandis que les mises à niveau des réseaux régionaux peinent à suivre le rythme de construction effréné des infrastructures destinées à l’IA. Face à ces contraintes, plusieurs grandes sociétés technologiques décident de produire elles-mêmes leur électricité ou de conclure des ententes exclusives dans le but de contourner les goulots d’étranglement des réseaux traditionnels.

Cette stratégie prend de nombreuses formes. Certaines sociétés investissent dans des centrales au gaz naturel à usage exclusif pour répondre à leurs besoins immédiats, tandis que d’autres signent des contrats à long terme avec des fournisseurs d’électricité renouvelable et nucléaire⁷. Meta, par exemple, a conclu des ententes pour obtenir plus de six gigawatts d’électricité de source nucléaire pour ses centres de données d’IA, une quantité d’électricité à peu près équivalente à la demande totale d’un petit pays industriel.

Ces décisions témoignent d’un changement à plus grande échelle : l’électricité n’est plus un service public auxiliaire, c’est maintenant un actif stratégique pour les plateformes technologiques.

Au-delà de la facture d’électricité : l’impact sur l’environnement et la planification du réseau

Tant pour les investisseurs que les décideurs, la demande d’électricité attribuable à l’IA n’est pas seulement une question de coûts : c’est un défi de planification à long terme.  Cette croissance rapide a des répercussions secondaires sur les émissions, la consommation d’eau et la stabilité du réseau. Les systèmes de refroidissement avancés et les baies de serveurs à haute densité électrique augmentent la demande énergétique et la complexité opérationnelle, tandis que la dépendance aux combustibles fossiles pour la production d’électricité sur place vient compromettre les objectifs de durabilité des entreprises.

Il y a consensus autour du fait que les exploitants de réseau et les développeurs de centres de données doivent coordonner leurs efforts de planification pour optimiser la répartition de l’électricité et minimiser les émissions au cours des prochaines décennies. 

Répercussions sur les placements : gagnants, risques et surprises

L’évolution du contexte énergétique entourant l’IA crée des thèmes et des occasions de placement distincts, notamment les suivants :

Infrastructures électriques et services publics – Il est possible que la demande de capitaux augmente pour les services publics traditionnels, les investissements réglementés assortis d’un taux de base et les sociétés qui participent à la modernisation du réseau (transport, technologie de réseau intelligent, stockage).  Nous surveillerons de près l’impact qu’aura l’intervention politique sur le profil de bénéfices de ces sociétés dans un contexte de hausse des factures de services publics.

Producteurs d’énergie renouvelable et de substitution – Les sociétés se tournent de plus en plus vers l’énergie propre, notamment en signant des contrats d’achat d’électricité virtuels et en investissant directement dans les énergies renouvelables. Les sociétés technologiques chefs de file dans les domaines de l’énergie solaire, éolienne et nucléaire et des batteries de stockage pourraient voir l’adoption de ces technologies s’accélérer à mesure que les entreprises signeront des ententes d’achat d’électricité et chercheront à obtenir leur propre approvisionnement. La stratégie nucléaire de Meta, par exemple, témoigne de la confiance institutionnelle à l’égard d’une énergie non traditionnelle à faibles émissions de carbone pour alimenter la transformation numérique.

Services électriques et énergétiques et technologies favorisant l’efficience – La demande croissante d’électricité pourrait faire grimper la valeur des sociétés spécialisées dans la réduction du gaspillage d’énergie ou l’optimisation des infrastructures. Cette catégorie comprend les innovateurs en matière de refroidissement des centres de données, les plateformes de gestion de l’énergie et les entreprises qui proposent une intégration plus efficiente au réseau.

FPI investissant dans les centres de données et marchés immobiliers – Les fiducies de placement immobilier (FPI) et les fonds d’infrastructures qui possèdent et exploitent des centres de données pourraient profiter d’une hausse de la demande pour des installations prêtes pour l’IA et de l’augmentation de leur valeur sur le marché. En contrepartie, ils ne sont pas à l’abri d’une inflation soudaine des coûts de l’énergie et des contraintes associées à l’offre.

Risques liés à la réglementation et aux politiques – Les investisseurs doivent tenir compte de l’évolution du contexte politique. L’obligation de contribuer aux infrastructures des réseaux et la nouvelle répartition des coûts, mises de l’avant dans les récentes propositions politiques américaines, pourraient avoir une incidence importante sur les marges bénéficiaires des fournisseurs de services à très grande échelle et des locataires de ce secteur d’activité.

L’avenir électrique de l’IA

Il n’y a aucun doute que la révolution amorcée par l’IA a déjà contribué à redéfinir les marchés et les modèles d’affaires du monde numérique, mais le réseau électrique est maintenant au cœur de cette transformation. La prolifération des centres de données à très grande échelle force les services publics traditionnels à revoir leur planification et leurs modèles de financement du réseau et entraîne une réorganisation des marchés énergétiques.

Pour les investisseurs, il n’est plus seulement question de données ou de puces, mais aussi d’électrons, d’infrastructures et d’approvisionnement stratégique en électricité. Les sociétés qui se positionnent rapidement pour s’assurer un approvisionnement en énergie fiable et économique pourront dégager des avantages concurrentiels durables, tandis que celles qui ne tiennent pas compte de la dimension énergétique pourraient voir leur rentabilité s’éroder en raison de la flambée des coûts et de la pression politique. Comme ce fut le cas pour les architectures informatiques, il sera crucial, au cours de la prochaine décennie, que les investisseurs comprennent la relation entre l’IA et l’énergie. L’électricité qui alimente l’intelligence artificielle pourrait bien déterminer qui seront les prochains chefs de file du secteur industriel et du domaine des placements.

 

¹ IEA – Electricity 2024

 Goldman Sachs Research – AI and US Power Demand

² Département de l’énergie des États-Unis, « Data Center Energy Consumption Report

 McKinsey – The Coming AI Power Surge

³ Bloomberg – America’s Power Grid Is Not Ready for AI

⁴ PJM Interconnection, Résultats des enchères sur la capacité

⁵ Reuters – Trump Targets AI Power Costs

⁶ Facility Executive – Bring Your Own Power Becomes Reality

⁷ Microsoft, Engagements en matière de durabilité des centres de données


Le présent document peut contenir des déclarations prospectives qui sont de nature prévisionnelle et qui peuvent comprendre des termes comme « prévoir », « s’attendre à », « compter », « croire », « estimer » ainsi que les formes négatives de ces termes. Les déclarations prospectives sont fondées sur des prévisions et des projections à propos de facteurs généraux futurs concernant l’économie, la politique et les marchés, comme les taux d’intérêt, les taux de change, les marchés boursiers et financiers, et le contexte économique général; on suppose que les lois et règlements applicables en matière de fiscalité ou autres ne feront l’objet d’aucune modification et qu’aucune catastrophe ne surviendra. Les prévisions et les projections à l’égard d’événements futurs sont, de par leur nature, assujetties à des risques et à des incertitudes que nul ne peut prévoir. Les prévisions et les projections pourraient s’avérer inexactes dans l’avenir. Les déclarations prospectives ne garantissent pas les résultats futurs. Les événements réels peuvent différer grandement de ceux qui sont exprimés ou sous-entendus dans les déclarations prospectives. De nombreux facteurs importants, y compris ceux énumérés plus haut, peuvent contribuer à ces écarts. Vous ne devriez pas vous fier aux déclarations prospectives.

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