Michael : Bonjour à tous. Bienvenue à Points de vue des gestionnaires de portefeuille. Je m’appelle Mike Augustine et je suis chef, Titres à revenu fixe et Gestion des actifs et des passifs C’est avec plaisir que je reçois Hafiz Noordin, gestionnaire principal de portefeuille actif. Hafiz, l’année 2026 démarre en trombe. J’entre donc tout de suite dans le vif du sujet. D’entrée de jeu,
on va parler de Davos. Tous les chefs d’État mondiaux sont réunis dans une pièce. Le premier ministre Mark Carney prend la parole. J’ai noté deux ou trois choses qu’il a dites. Il y a une rupture de l’ordre mondial. C’est la fin d’une fiction agréable et le début d’une réalité brutale. Les puissances moyennes, comme le Canada, ne sont pas impuissantes. Si vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu.
Voilà. Je prends un peu de recul. On pourrait peut-être parler de ce qui se trouve au menu. Au début de l’année, les choses ont bougé au Venezuela. Si on pense à d’autres pays, comme le Mexique, la Colombie, ou même le Canada, ça pourrait avoir des conséquences. En Iran, il y a de l’agitation civile. On parle d’une intervention américaine.
La Russie continue la guerre en Ukraine. Je pense aussi à Taïwan et à certaines activités en mer de Chine méridionale. Et plus récemment, la souveraineté dans l’Arctique s’est invitée dans le portrait. Beaucoup de choses surviennent dans le contexte macroéconomique. Quand on pense aux titres à revenu fixe et compte tenu du contexte, quelles sont vos premières réflexions et dans quel esprit amorcez-vous l’année?
Hafiz : Oui. Je sais, essayer de voir clair dans tout ça est épuisant. L’équipe a beaucoup réfléchi au cours des discussions tenues en début d’année. Les conséquences pour le Canada sont manifestes en ce qui concerne le secteur de l’énergie. De toute évidence, les actions sont très volatiles dans le secteur de l’énergie.
Mais quand on regarde le marché obligataire et les grandes sociétés emprunteuses au Canada, on voit surtout des compagnies de pipeline. On constate que les prix des obligations de ces sociétés sont demeurés assez stables malgré les événements. C’est important d’en prendre conscience.
Les modèles d’affaires des grands emprunteurs du secteur de l’énergie restent intacts en général. C’est important d’en prendre conscience. Mais, comme vous l’avez souligné, quand on voit ce qui se passe à Davos et au Groenland en particulier, la réaction du marché est beaucoup plus large.
Ça se limite au secteur de l’énergie, mais la confiance s’est fortement détériorée du côté des actions et des titres à revenu fixe. On craint certainement le retour des droits de douane dans le portrait. Bien sûr, l’inflation s’en ressent, sans compter que les actions et les obligations de sociétés semblent profiter d’évaluations élevées.
Il faut y aller un événement à la fois. S’il y a un sujet qui n’a pas fait les manchettes, mais qui a eu une grande importance pour les marchés des titres à revenu fixe, c’est bien le Japon. Il ne faut pas tant y voir un événement géopolitique, mais plutôt l’idée que la viabilité budgétaire demeurera un thème majeur susceptible de perdurer davantage que le bruit constant autour des risques géopolitiques.
On s’inquiète beaucoup plus du montant que le gouvernement japonais a l’intention d’emprunter. Est-ce viable, alors que le pays accuse déjà une dette de 250 % par rapport au PIB? Voilà le portrait d’ensemble qu’il faut examiner. Et, en ce début l’année, la volatilité frappe durement les actions et les cryptomonnaies.
Mais si vous déteniez des obligations d’État japonaises à 30 ans, je pense qu’à un certain moment, votre rendement total a diminué de 7 % en quelques jours. C’est le genre de mouvements qu’il faut surveiller, en particulier sur le marché des titres à revenu fixe.
Michael : Oui, c’est intéressant; souvent, on ne pense pas que les obligations souveraines peuvent poser un risque de crédit. On va y revenir. Vous avez parlé de l’inflation et, de toute évidence, les droits de douane ont retenu l’attention l’an dernier. L’inflation suscite des attentes à l’égard des banques centrales, mais il y a bien d’autres facteurs dont on parle au bureau.
La population vieillit et beaucoup de travailleurs partent à la retraite. Les politiques d’immigration ont changé dans de nombreux pays, ce qui réduit l’entrée sur le marché du travail. Je ne pense pas qu’on puisse faire un balado sans parler d’IA. La productivité est aussi touchée; il y a un lien entre l’inflation et la productivité.
Toujours à propos de l’inflation, il faut réfléchir à l’indépendance de la Fed. Il se passe beaucoup de choses de ce point de vue; les facteurs favorables et défavorables peuvent être liés à l’inflation et peut-être aux interventions des banques centrales. Si on pense aux conséquences pour les banques centrales et aux perspectives pour l’année – que ce soit des réductions de taux à court terme ou, comme vous l’avez souligné, l’évolution à long terme des obligations souveraines – comment envisagez-vous la suite des choses?
Hafiz : Oui. Oui. Pour revenir à ce que vous disiez, je pense que les perspectives d’inflation semblent très vagues. Une dynamique lourde s’articule, comme vous l’avez mentionné, autour des droits de douanes, ce qui cause du bruit. Mais l’immigration, la productivité et l’IA sont des facteurs importants à surveiller. Dans tout ce contexte, la bonne nouvelle, c’est que le marché prévoit toujours des perspectives d’inflation relativement stables.
Il suffit d’observer les prix du marché sous l’angle des obligations indexées sur l’inflation. Le marché continue d’escompter l’inflation à long terme à environ 2 %. Même en intégrant tous ces facteurs, le marché demeure dans cette fourchette; c’est encourageant. Mais ça peut changer. L’an dernier, on aura au moins appris que les droits de douane pèsent lourd sur le prix des biens. Mais on peut les considérer comme une taxe ponctuelle pour les entreprises qui importent d’une région ou qui appliquent des droits de douane.
Vous avez parlé de la politique d’immigration. À mes yeux, c’est là-dessus qu’il faut se concentrer par rapport à l’évolution des choses et au risque que ça peut poser. En général, au Canada, aux États-Unis et ailleurs dans le monde, on observe une baisse de l’immigration et même, dans certains pays, un taux net négatif d’immigration.
On peut se demander si ça risque d’entraîner des pénuries de main-d’œuvre et une hausse des salaires. Ces tendances pourraient causer une hausse généralisée de l’inflation. Il faut examiner les données. Pour l’instant du moins, les données dessinent un portrait raisonnable. À la fin de l’an dernier, l’IPC au Canada avoisinait 2,4 % sur 12 mois. Aux États-Unis, on parle d’environ 2,7 %.
Ce n’est pas mal. Ça dépasse la cible des banques centrales, mais c’est assez près pour leur permettre de maintenir leur position neutre à l’égard des taux directeurs. Je pense que ça soutient l’économie, les actions et, par extension, les écarts de taux, qui se sont beaucoup resserrés dernièrement. À ce sujet, quand on pense aux obligations de sociétés, je sais – pour en revenir à nos perspectives sur les titres à revenu fixe – que le crédit en est un facteur clé. L’an dernier – bonne nouvelle – les écarts de taux se sont resserrés et les rendements totaux ont été très généreux.
Mike, comment cela s’inscrit-il dans vos perspectives pour l’année à venir, en particulier pour les obligations de sociétés?
Michael : C’est intéressant de revenir sur l’an dernier. L’indice FTSE TMX a rapporté 2 % à 3 %, les obligations de sociétés de qualité investissement 4 % à 5 % et les obligations à rendement élevé 6 % à 7 %. Les obligations font ce qu’elles sont censées faire. C’est intéressant. Notre centre d’excellence en crédit passe beaucoup de temps à la recherche fondamentale, et les paramètres fondamentaux sont bons.
Les émetteurs d’obligations de qualité investissement ont enregistré de bons bénéfices, mais les chiffres demeurent aussi très bons, même si les révisions à la baisse ont diminué. Les conditions financières sont bonnes et le contexte réglementaire semble bien réagir aux mesures de relance budgétaire. On dirait qu’on tourne à plein régime et qu’au début de l’année, le vent devrait être favorable.
Ça nous rend optimistes à l’égard des marchés du crédit. On est toutefois attentifs aux aspects techniques. Pour revenir à ce que vous disiez, on a enregistré des émissions records l’an dernier et on s’attend à en lancer encore plus cette année. Il faut donc aussi tenir compte de la façon dont le marché a accueilli cette émission. S’il y en a trop dans un secteur ou trop à la fois, ça pourrait entraîner un léger élargissement des écarts de taux.
On tient également compte de certaines choses qui vont se produire. Par exemple, l’accord de libre-échange va être renégocié cette année; il pourrait y avoir une certaine volatilité, mais la demande est au rendez-vous. Tous les acheteurs de taux sont présents. L’absorption des émissions nettes provenant uniquement des échéances et des coupons va aussi soutenir fermement le crédit.
En définitive, on aime les titres de créance et les paramètres fondamentaux. Et on tient compte des aspects techniques. Il pourrait y avoir un élargissement cette année. Je pense qu’on peut vraiment miser sur l’élargissement des écarts de taux ou sur la rémunération supplémentaire des sociétés par rapport aux obligations souveraines. Et on pourrait consacrer plus de temps à réfléchir aux secteurs, compte tenu de tout ce qui se passe sur le plan géopolitique; on ne traitera pas tous les secteurs de la même façon.
De plus, on n’aura pas de réserves. On réfléchit beaucoup au moment de miser sur le crédit. Il est important d’avoir ces réserves, que ce soit pour les obligations de qualité investissement, les obligations à rendement élevé ou même les marchés privés. Je pense qu’on est bien positionnés; il s’agit d’effectuer la recherche fondamentale.
C’est drôle, quand je pense au crédit, on s’intéresse beaucoup à l’Amérique du Nord, et je sais que le Canada représente environ 2 % du PIB mondial. Il y a donc beaucoup d’occasions à l’extérieur du Canada. Les marchés émergents ont été en quelque sorte le chouchou de 2025. Je sais que vous y consacrez bien de temps, Hafiz. Qu’est-ce que vous envisagez pour 2026?
Quelles sont vos attentes? Trouvez-vous ou voyez-vous des occasions dans ce secteur?
Hafiz : C’est vraiment intéressant. Si vous m’aviez posé la question il y a un an, il y avait d’énormes risques liés aux droits de douane, et les États-Unis allaient se lancer dans toutes ces politiques non conventionnelles et chercher à réorganiser l’ordre économique mondial. Je n’aurais pas nécessairement été très convaincu que les marchés émergents seraient les plus performants en 2025.
Mais c’est certainement ce qui s’est passé. Je pense que ça a surpris beaucoup de monde. Ce qui est vraiment intéressant, toutefois, c’est que, dans le cas des actions et des titres à revenu fixe, les actifs des marchés émergents se sont beaucoup appréciés. C’est en grande partie à cause de ce qu’on appelle l’effet de change.
Si vous aviez ne serait-ce que des liquidités dans les marchés émergents et que vous touchiez des intérêts sur vos dépôts en espèces dans certains marchés, vous obteniez des taux d’intérêt de 8 %, 9 % ou 10 %. C’est un excellent revenu. Mais en plus, quand on pense à tout ce qu’on a dit au sujet des grands chocs de l’an dernier, on constate que le dollar américain a perdu du terrain.
Et lorsque le dollar américain recule de façon généralisée, les marchés émergents ont tendance à bien se comporter. Vous avez donc une plus-value du capital dans ces devises. Par exemple, le Brésil et le Mexique ont vu leur monnaie grimper de 20 % sur la base du rendement global l’an dernier, ce qui, encore une fois, était peu attendu. C’est donc un contexte intéressant, car le dollar américain s’est déprécié, mais, selon de nombreuses mesures, il est toujours surévalué, surtout par rapport à un certain nombre de marchés émergents.
Je pense que la situation est encore assez bonne pour les marchés émergents. Mais après la vague de surperformance de l’an dernier, il faut être beaucoup plus prudent dans la sélection des pays. Et ce n’est pas juste juste l’affaire d’une large répartition. La façon de voir les choses, c’est qu’il y a une catégorie – ce que j’appelle les marchés émergents moins rentables – où les taux obligataires locaux sont peut-être de 3 % à 5 %, ce qui n’est pas vraiment intéressant par rapport aux obligations d’État des marchés développés et certainement aux obligations de sociétés des marchés développés, qui offrent un écart de 100 points de base de plus par rapport aux obligations d’État.
Je préfère encore investir dans des obligations de sociétés canadiennes plutôt que dans ces obligations à faible taux. Mais il y a encore un secteur des marchés émergents à rendement élevé. Je pense à un certain nombre de pays de l’Amérique latine. L’Afrique du Sud en est un autre bon exemple. Ce sont des marchés où, encore une fois, il ne suffit pas d’acheter et de conserver les titres indéfiniment.
Il faut surveiller les risques politiques et faire les recherches nécessaires. Mais on peut obtenir des rendements totaux potentiels élevés à un chiffre. Pour en revenir à la construction du portefeuille, il faut le diversifier et bien doser les obligations de sociétés et les obligations d’État. Il s’agit de trouver la bonne répartition.
Il y a aussi la sélection des pays. Oui.
Michael : Si on fait le point, on a parlé du contexte macroéconomique, de ses conséquences inflationnistes et des bonnes conditions pour le crédit. Au-delà de nos frontières, on s’est intéressé aux occasions à l’échelle mondiale. Quelles sont vos réflexions finales sur la place des titres à revenu fixe dans ce portefeuille multiactifs afin de proposer des solutions aux clients.
Hafiz : Je pense que le rôle des titres à revenu fixe est de répondre aux nombreuses questions de différents clients. J’ai encore en mémoire l’année 2022 et le début de 2023, lorsque l’inflation était naturellement un problème, qui est toujours présent à l’esprit de tout le monde.
C’est un point d’interrogation valable. Et ça me ramène à deux choses : Les titres à revenu fixe procurent un revenu et une assurance. Pour chaque client, il s’agit simplement de déterminer lesquels de ces facteurs sont importants et quelle pondération ils doivent représenter dans le portefeuille. Mais je pense que la composante assurance doit vraiment être prise en compte dans le contexte dont on a parlé.
Je connais bien l’inflation. Si elle est stable, sans nécessairement diminuer, et qu’elle s’établit dans une fourchette raisonnable par rapport à la cible de la banque centrale, on se trouve dans un régime où les titres à revenu fixe peuvent offrir une assurance. On ne le voit pas nécessairement au quotidien. Mais ce qui compte, c’est lorsque le marché anticipe une récession plutôt typique qui entraîne une déflation.
Ce scénario est complètement écarté à l’heure actuelle; les paramètres fondamentaux sont solides du point de vue de la croissance économique. Mais si un choc devait se produire et mener à une récession, les actions baisseront considérablement. Mais les titres à revenu fixe vont aussi s’apprécier considérablement et les taux obligataires vont suivre en anticipant d’autres réductions de taux des banques centrales pour absorber le choc.
C’est le rôle que joue l’assurance dans les titres à revenu fixe. Mais ce qui est vraiment important, c’est que, normalement, on veut payer pour l’assurance. Oui. À l’heure actuelle, le taux d’un titre à revenu fixe typique de catégorie investissement se situe autour de 4 %.
À titre de comparaison, le taux au comptant est de 2% ou peut-être 2,5 %. Normalement, il faut payer pour l’assurance, mais, dans le contexte actuel, on vous paie pour vous assurer si vous achetez des titres à revenu fixe de grande qualité. C’est comme ça que je pense qu’il faut envisager la situation. Encore une fois, tout dépend de l’horizon de placement du client.
Hafiz : Mais ce rôle est attirant actuellement.
Michael : Oui. Non, j’aime votre façon de présenter les choses sous l’angle du revenu et de l’assurance. Je discute souvent avec les responsables de comptes institutionnels, de fondations et de fonds de dotation. Ils ont clairement des objectifs de revenu. Il faut faire le lien avec la situation actuelle; on a atteint un niveau élevé. Les taux réels sont élevés sur une base historique.
Il est très important de découper ces coupons et de respecter ces exigences de paiement. Je pense que les occasions sont au rendez-vous. En ce qui concerne certains régimes de retraite, les promoteurs s’assoient au début de l’année pour réfléchir à la situation et à leurs régimes qui, pour beaucoup, comptent plus de retraités que jamais.
Ils misent donc sur les titres à revenu fixe pour profiter de ce revenu et de cette assurance en même temps. Ils veulent protéger les niveaux de financement qu’ils ont atteints. Je pense que ça résonne autant chez les investisseurs particuliers qu’institutionnels. Et c’est très bien. Je pense que ça résume bien la situation. Merci, Hafiz, pour cet entretien fascinant! J’invite tous nos auditeurs à ne pas manquer le prochain épisode de Points de vue des gestionnaires de portefeuille, un dialogue continu entre gestionnaires de portefeuille. Merci d’avoir été des nôtres.
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