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Repenser les croyances fondamentales

Une série de billets de blogue en quatre parties avec le nouveau chef des placements de Gestion de Placements TD Inc.

Connaissances en placement    5 Minutes

Publié : 4 mai 2026

Justin Flowerday, CFA
Premier vice-président et chef des placements, Gestion de Placements TD Inc.

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La plupart des décisions quotidiennes que nous prenons sont fondées sur des connaissances de base. Les observations et les modèles généralement reconnus et éprouvés sont à la base de cette information qui guide nos choix éclairés. Pensez à quelque chose d’aussi simple que les matins où vous vous levez sous un ciel couvert accompagné d’humidité. Avant de quitter la maison, vous décidez de prendre un parapluie. Il ne s’agit pas d’une supposition.  C’est une décision prise fondée sur des modèles acquis au fil du temps. Ne vous y trompez pas, je suis loin d’être un météorologue et un expert de la science qui se cache derrière les systèmes météorologiques, mais, la plupart du temps, un tel scénario de ciel couvert accompagné d’humidité signifie qu’il va pleuvoir. 

Restez avec moi, j’en arrive lentement au point que je veux faire.

Est-il possible que ces observations éprouvées puissent ne pas toujours s’appliquer à l’avenir?  Mon analogie de la météo a de fortes chances de résister à l’épreuve du temps.  Toutefois, dans le monde des placements, l’application de bon nombre des principes de longue date et des notions de base des placements ne semble pas être aussi concrète qu’elle l’était autrefois, notamment l’utilité des moyennes. L’analyse des placements repose sur un élément essentiel, soit le concept des moyennes. Mais que se passe-t-il si les moyennes ne sont plus aussi utiles qu’avant?

Le principe directeur des moyennes perd-il en pertinence?

L’idée d’utiliser les moyennes (rendements moyens, croissance moyenne, etc.) comme points de référence dans les prises de décisions de placement et, par extension, les constructions de portefeuilles a été d’une importance extrême. Lorsque des fluctuations au-dessus et en dessous des normes historiques (moyennes) étaient observées, on supposait généralement qu’elles finiraient par revenir à la moyenne, aussi appelé le retour à la moyenne.

Le retour à la moyenne en soi n’a pas l’air trop critique, mais le concept a grandement permis aux investisseurs de garder le cap en période de repli de marchés et de garder les choses en perspective en période d’excès aussi. Ce principe de longue date s’applique toujours, mais dans l’économie d’aujourd’hui, où les forces structurelles façonnent de plus en plus les résultats, le retour à la moyenne n’est peut-être plus un grand principe directeur.

Qu’est-ce qui a changé?

À une époque où la mondialisation était croissante, où les données démographiques étaient favorables et où la politique budgétaire et monétaire était stable, l’utilisation des moyennes était très logique. Les placements étaient principalement de nature cyclique et les mesures importantes, comme la croissance et les bénéfices, renouaient plus ou moins avec leurs normes à long terme. Aujourd’hui, la situation n’est pas aussi simple.

Donc, qu’est-ce qui a changé?

Les forces qui influencent l’économie mondiale aujourd’hui ne sont en fait pas du tout cycliques.  Elles sont structurelles et continues.  Cela a, par conséquent, des répercussions sur la façon dont nous nous fions sur les moyennes (j’y reviendrai davantage dans mon deuxième billet de blogue).

Utilisons les données démographiques du Japon et de l’Inde pour expliquer en quoi le fait de se fier au retour à la moyenne peut ne pas être approprié. La population en âge de travailler du Japon a diminué de plus de 15 % depuis son sommet au milieu des années 1990. En revanche, selon les estimations, la population active de l’Inde devrait croître pour compter 100 millions de personnes de plus au cours de la prochaine décennie¹. Ces tendances diamétralement opposées se traduisent par des trajectoires de croissance, des habitudes d’épargne et, surtout, des pressions budgétaires très différentes. Dans le cas des deux scénarios de cet exemple, il n’y a pas de forces qui viennent ramener ces trajectoires vers une moyenne.

Utilisons les technologies comme autre exemple.  De nos jours, l’innovation permet à de nombreux avantages concurrentiels de s’amplifier plutôt que de s’estomper au fil du temps. Nortel et Cisco, par comparaison aux géants technologiques d’aujourd’hui, illustrent bien cette dynamique.  Au début des années 2000, Nortel et Cisco ont brièvement dominé le secteur mondial des technologies, avant de voir leur part de marché s’effondrer rapidement à mesure que la concurrence s’intensifiait. Aujourd’hui, les géants technologiques profitent d’une période beaucoup plus longue de rentabilité soutenue. À des fins de quantification, les cinq principaux géants technologiques maintiennent leurs marges bénéficiaires au-dessus de 30 % depuis plus d’une décennie et leur part des bénéfices par rapport aux indices ne cesse d’augmenter². Au lieu de suivre les tendances historiques et amorcer un retour (à la baisse), la rentabilité est devenue plus durable.

La réorientation de l’économie mondiale, pour s’ajuster non à des forces cycliques, mais à des forces structurelles, change réellement notre façon de prendre des décisions. L’idée qu’il n’existe qu’un seul résultat moyen, même si elle est toujours présente, est moins fiable dans de nombreux cas. L’avenir offrira un éventail de résultats et de possibilités beaucoup plus large que ne le laissent entendre les modèles traditionnels. 

L’élargissement de l’écart entre le haut et le bas

Une autre dynamique qui a changé la façon dont nous nous fions sur les moyennes est l’élargissement nettement plus important de l’écart d’évaluation par rapport à la croissance future des bénéfices des sociétés. Un examen plus approfondi des marchés boursiers américains aide à illustrer ce scénario. Les actions de sociétés dont la croissance des bénéfices se situe dans le décile supérieur se sont récemment négociées à des ratios cours-bénéfice prévisionnels de 30, tandis que les actions des sociétés du décile inférieur se sont négociées à un ratio de moins de 103. Cet écart est beaucoup plus important lorsqu’on examine les moyennes historiques et représente les différences dans le positionnement structurel plutôt que des modèles de croissance cyclique. Cet élargissement de l’écart d’évaluation est très important, car il a des répercussions sur l’un des facteurs les plus importants en matière de placement, soit la diversification.

Cette dispersion change la façon dont nous considérons le risque lors de la constitution des portefeuilles. Dans un marché cyclique axé sur le retour à la moyenne, la diversification entre des actifs similaires peut aider à lisser les rendements et à réduire la volatilité. Toutefois, dans un monde caractérisé par la dispersion entre les actions les plus performantes et les actions les moins performantes, investir dans « un peu de tout » peut en fait réduire l’exposition aux quelques entreprises qui sont bien placées pour croître au sein d’une économie mondiale davantage sous l’influence de forces structurelles.

Cette réflexion soulève maintenant une question plus difficile, mais importante : comment pouvoir déterminer si une contre-performance est simplement temporaire ou si elle signale un changement structurel plus important? Bien qu’il s’agisse d’une question profonde, la réponse est en fait assez logique. Pour répondre à cette question, il faut regarder au-delà de l’espoir d’un retour aux rendements précédents et aux moyennes et déterminer si la société (l’action) est stratégiquement positionnée pour profiter des forces économiques qui devraient se manifester à l’avenir. 

Que faut-il faire?

Pour revenir sur mon dernier point, les investisseurs doivent dorénavant vraiment se concentrer sur la sélectivité. Aujourd’hui, le pouvoir d’établissement des prix est très important lorsque les pressions sur les coûts sont de nature structurelle. La rigueur en matière de répartition du capital est plus importante aujourd’hui que par le passé, lorsque l’argent était « gratuit » (j’en parlerai davantage dans la présente série de billets de blogue). De plus, il est beaucoup plus important d’être exposé à des facteurs de croissance à long terme qu’à un élan cyclique à court terme. Cela cadre parfaitement avec la valeur que nous ajoutons en tant que gestionnaire de placements actif. Dans un contexte de placement en évolution, la différence entre les bons et les mauvais actifs compte et peut prendre une ampleur considérable au fil du temps. De plus, le risque ne se limite pas à la volatilité d’une société, il peut aussi résider dans le choix d’une voie mal alignée sur l’évolution structurelle du monde.

L’histoire (les moyennes) est fantastique lorsque l’on recherche un contexte et une perspective, mais elle ne fournit pas une feuille de route pour l’avenir. Il est essentiel de garder l’esprit ouvert et de poser des questions en ce qui concerne l’utilisation des connaissances de base dans un monde en évolution rapide.

Le deuxième billet de blogue de la série en quatre parties examinera de plus près ce qui remplace les cycles et les normes historiques.


¹ Nations Unies, Department of Economic and Social Affairs, Population Division, World population Prospects, juillet 2022 (en anglais seulement).

² Indices S&P et Dow Jones (de 2010 à 2024) et documents déposés par Apple, Microsoft, Alphabet, Amazon, Nvidia et Meta (de 2013 à 2024).

³ MSCI (de 2000 à 2024) et FactSet (2024).

Les renseignements aux présentes ont été fournis par Gestion de Placements TD Inc. à des fins d’information seulement. Ils proviennent de sources jugées fiables. Ces renseignements n’ont pas pour but de fournir des conseils financiers, juridiques, fiscaux ou de placement. Les stratégies fiscales, de placement ou de négociation devraient être étudiées en fonction des objectifs et de la tolérance au risque de chacun.

Le présent document peut contenir des déclarations prospectives qui sont de nature prévisionnelle et qui peuvent comprendre des termes comme « prévoir », « s’attendre à », « compter », « croire », « estimer », ainsi que les formes négatives de ces termes. Les déclarations prospectives sont fondées sur des prévisions et des projections actuelles de facteurs généraux futurs concernant l’économie, la politique et les marchés concernés, comme les taux d’intérêt, les taux de change, les marchés boursiers et financiers, ainsi que le contexte économique général; ces prévisions et projections partent du principe que les lois et règlements applicables en matière de fiscalité ou autres ne feront l’objet d’aucune modification et qu’aucune catastrophe ne surviendra. Les prévisions et les projections à l’égard d’événements futurs sont, de par leur nature, assujetties à des risques et à des incertitudes qui ne peuvent pas être anticipées. Les prévisions et les projections peuvent s’avérer inexactes. Les déclarations prospectives ne garantissent pas le rendement futur. Les événements réels pourraient différer grandement de ceux qui sont exprimés ou sous-entendus dans les déclarations prospectives. Certains facteurs importants, y compris ceux énumérés plus haut, peuvent contribuer à ces écarts. Vous ne devriez pas vous fier aux déclarations prospectives.

Gestion de Placements TD Inc. est une filiale en propriété exclusive de La Banque Toronto-Dominion.

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