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Quand les cycles se rompent

Des cycles qui se corrigent d’eux-mêmes aux marchés qui fonctionnent en systèmes

Connaissances en placement +    5 Minutes

Publié : 11 juin 2026

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Justin Flowerday, CFA
Premier vice-président et chef des placements,
Gestion de Placements TD Inc.

Expansion, sommet, contraction, creux. Les fondamentaux de l’économie présentent ces quatre phases comme les étapes clés d’un cycle économique, et depuis des décennies, les investisseurs se fient à ces principes pour comprendre les marchés. Les cycles économiques se développent et se contractent là où nous observons de la prospérité et, au final, des replis. Les excès créés par une expansion peuvent finir par se résorber en période de repli; après un temps suffisant, le système se remet à zéro (se corrige de lui-même), et la croissance reprend.

Ce cadre a en partie déterminé la façon dont nous abordons de nombreux aspects importants de la gestion des placements, notamment la répartition de l’actif et la gestion des risques. Il a également appris aux investisseurs à rechercher des signaux, des points de retournement et, surtout, à avoir confiance dans le fait que les déséquilibres créés par le cycle économique naturel finissent par se résorber d’eux-mêmes.

Et si les cycles économiques ne fonctionnaient plus ainsi?

Un système d’autocorrection affaibli

Le principe clé de la théorie des cycles économiques est qu’ils se corrigent d’eux-mêmes dans la plupart des cas. Si on laisse faire, l’économie va naturellement éliminer les excès, les acteurs faibles se retirer; l’équilibre est alors rétabli. Dans l’ensemble, c’est ce qui s’est produit pendant plusieurs décennies. Toutefois, au cours des dernières années, cette fonction de « remise à zéro » s’est affaiblie, principalement en raison de l’ampleur et de la rapidité des interventions des pouvoirs publics et des banques centrales.

Désormais, les autorités monétaires et budgétaires réagissent plus vite, plus tôt et plus fort à l’évolution de l’économie que par le passé. Cette approche proactive peut parfois contribuer à atténuer certaines caractéristiques d’une économie en contraction, comme l’ampleur des récessions. Mais cette proactivité n’est pas sans effets secondaires. Elle peut également limiter la capacité des déséquilibres à se résoudre. Les niveaux d’endettement peuvent rester élevés, les prix des actifs peuvent continuer d’être soutenus et le système va de l’avant sans revenir complètement à son état antérieur, ou sans « se remettre à zéro ».

Pourquoi est-ce important? C’est important, car ces déséquilibres non résolus ne disparaissent pas. Ils sont incorporés et reportés, souvent avec des conséquences imprévues.

Métamorphose : du cycle au système

Plutôt que de suivre un cycle reproductible, l’économie mondiale ressemble de plus en plus à un système complexe façonné par des boucles de rétroaction, des interdépendances et une dépendance aux trajectoires, où les causes et les effets s’organisent de façon moins linéaire. Les basculements politiques, technologiques ou géopolitiques peuvent se répercuter sur plusieurs canaux à la fois, et ils se renforcent souvent de façon imprévisible. Les boucles de rétroaction peuvent prolonger les déséquilibres plutôt que de les éliminer, tandis que les décisions passées laissent une empreinte durable et façonnent l’évolution du système au lieu de lui permettre de revenir à ce qu’il était.

Les effets de la crise financière mondiale illustrent clairement ce changement.  Durant cette période sans précédent, les banques centrales mondiales ont adopté une politique monétaire audacieuse afin d’éviter une contraction économique profonde et de rétablir le fonctionnement du marché. Si cela a été utile à court terme, les suites de cette intervention n’ont pas suivi un cycle économique traditionnel, mais créé plusieurs déséquilibres :
 

  • Les niveaux d’endettement sont demeurés élevés, au lieu de céder la place au désendettement nécessaire au fonctionnement cyclique.
  • L’inflation des prix des actifs est devenue très forte et déconnectée de la croissance sous-jacente. Cela s’explique en grande partie par l’assouplissement quantitatif prolongé qui a eu lieu.
  • La croissance économique qui a suivi a été soutenue par une longue période de taux d’intérêt faibles.


Pour cette raison, l’excédent économique n’a pas pu être entièrement éliminé au cours d’un cycle et le soutien monétaire est devenu une force stabilisatrice continue pour l’économie.

Le même schéma s’est reproduit pendant la pandémie de COVID-19. Face aux confinements et à une grave contraction économique, les décideurs ont de nouveau réagi en apportant un soutien monétaire et budgétaire extraordinaire en vue de favoriser la stabilisation des marchés et de l’activité économique. Pendant les années de COVID-19, le bilan de la Fed s’est accru, passant d’environ 4 200 milliards de dollars américains au début de 2020 à près de 9 000 milliards de dollars américains en 2022, favorisé par la réintroduction des programmes d’achat d’actifs à grande échelle¹. En parallèle, la dette fédérale américaine détenue par le public est passée d’environ 79 % du PIB en 2019 à environ 97 % en 2022 en raison des importantes mesures de relance budgétaire².

Bien que ces mesures aient contribué à prévenir une récession plus profonde et à soutenir une reprise rapide, elles ont également renforcé la dépendance croissante à l’égard des interventions de politique monétaire et ont contribué à bon nombre des tendances inflationnistes et des distorsions de marché qui ont suivi.

La transition énergétique constitue un troisième exemple éloquent de la façon dont les objectifs politiques structurels façonnent de plus en plus le contexte économique en dehors d’un cycle de marché traditionnel. L’élan mondial en faveur de la décarbonation et de la sécurité énergétique entraîne une augmentation importante des investissements en capital à long terme, des subventions publiques et du soutien à la politique industrielle dans toutes les économies développées. Aux États-Unis, les investissements dans l’énergie propre à la suite de l’Inflation Reduction Act sont estimés à plus de 300 milliards de dollars américains au cours des deux premières années, tandis que les investissements mondiaux dans la transition énergétique ont dépassé 1 700 milliards de dollars américains en 2023³. Si elles favorisent la transition vers des sources d’énergie plus propres, ces politiques alimentent aussi des pressions inflationnistes persistantes dans certains secteurs de l’économie⁴.

Plutôt qu’un rajustement cyclique à court terme, la transition énergétique représente un changement structurel plus général qui devrait influer sur l’économie et la dynamique du marché pendant de nombreuses années.

Cela dit, il est important d’insister sur un message équilibré : ce n’est pas que le système économique ne parvient pas à se corriger, c’est simplement qu’il se corrige différemment. Les remises à zéro nettes se transforment en processus d’adaptation graduelle dans lequel les déséquilibres sont absorbés, redistribués et reportés.

Conséquences pour les investisseurs

Une économie qui fonctionne davantage comme un système a plusieurs conséquences pour les investisseurs :

La gestion des risques revêt une plus grande importance dans une économie mondiale qui est de plus en plus façonnée par des forces structurelles plutôt que par un cycle de marché plus prévisible. La construction de portefeuille ne consiste plus à atteindre un seul résultat, mais plutôt à envisager un large éventail de scénarios. En plus des actions et des titres à revenu fixe, les actifs comme les infrastructures, les actifs réels et les stratégies alternatives peuvent également jouer un rôle plus important dans la génération de revenu et la protection contre l’inflation. Dans un contexte davantage axé sur le structurel, la résilience et la souplesse peuvent revêtir autant d’importance que la production de rendements.

La diversification devient plus complexe et nuancée. Traditionnellement, les actions et les titres à revenu fixe offraient souvent un avantage naturel de diversification au sein des portefeuilles. Toutefois, les périodes d’inflation élevée des dernières années ont montré que ces deux catégories d’actif peuvent subir des pressions de manière simultanée, ce qui remet en question certaines des hypothèses qui ont façonné la construction de portefeuilles pendant des décennies. Par conséquent, les investisseurs pourraient devoir envisager la diversification sous un angle plus large en intégrant une combinaison plus vaste de catégories d’actif, de styles de placement et de sources de rendement susceptibles de se comporter différemment dans diverses conjonctures économiques.

La résilience des entreprises devient primordiale. La solidité du bilan, le pouvoir de fixation des prix et la capacité à s’adapter seront désormais essentiels pour exploiter une entreprise dans un monde marqué par une incertitude soutenue.

Enfin, le contexte de placement qui découle de cette transition de l’économie mondiale d’un fonctionnement par cycles à un fonctionnement en systèmes renforce fortement l’importance de la gestion active. À mesure que la dynamique économique évolue, il est possible que l’on observe une grande divergence des résultats selon les catégories d’actif, les secteurs et les régions. Une gestion active professionnelle peut aider à apporter la patience nécessaire lorsqu’on ne peut plus attendre une remise à zéro complète, et à rester discipliné tandis que l’on observe l’évolution de la relation cycle/système.


¹ Augmentation du bilan de la Réserve fédérale américaine pendant la pandémie de COVID-19. Tendances du bilan de la Réserve fédérale américaine.

² Données sur le ratio de la dette fédérale américaine rapportée au PIB. Données sur la dette du Congressional Budget Office des États-Unis.

³ Données sur les investissements mondiaux dans la transition énergétique de BloombergNEF, Rapport sur les investissements dans la transition énergétique de BloombergNEF.

⁴ Estimations des investissements dans l’énergie propre en vertu de l’Inflation Reduction Act. American Clean Power IRA Investment Tracker.

Les renseignements aux présentes ont été fournis par Gestion de Placements TD Inc. à des fins d’information seulement. Ils proviennent de sources jugées fiables. Ces renseignements n’ont pas pour but de fournir des conseils financiers, juridiques, fiscaux ou de placement. Les stratégies fiscales, de placement ou de négociation devraient être étudiées en fonction des objectifs et de la tolérance au risque de chacun.

Le présent document peut contenir des déclarations prospectives qui sont de nature prévisionnelle et qui peuvent comprendre des termes comme « prévoir », « s’attendre à », « compter », « croire », « estimer » ainsi que les formes négatives de ces termes. Les déclarations prospectives sont fondées sur des prévisions et des projections à propos de facteurs généraux futurs concernant l’économie, la politique et les marchés, comme les taux d’intérêt, les taux de change, les marchés boursiers et financiers, et le contexte économique général; on suppose que les lois et règlements applicables en matière de fiscalité ou autres ne feront l’objet d’aucune modification et qu’aucune catastrophe ne surviendra. Les prévisions et les projections à l’égard d’événements futurs sont, de par leur nature, assujetties à des risques et à des incertitudes que nul ne peut prévoir. Les prévisions et les projections pourraient s’avérer inexactes dans l’avenir. Les déclarations prospectives ne garantissent pas les résultats futurs. Les événements réels peuvent différer grandement de ceux qui sont exprimés ou sous-entendus dans les déclarations prospectives. De nombreux facteurs importants, y compris ceux énumérés plus haut, peuvent contribuer à ces écarts. Vous ne devriez pas vous fier aux déclarations prospectives.

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