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Remettre en question les croyances fondamentales : 

la grande réévaluation du capital

Connaissances en placement +    5 Minutes

Publié : 23 juillet 2026

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Justin Flowerday, CFA
Premier vice-président et chef des placements,
Gestion de Placements TD Inc.

Au cours de la décennie qui a suivi la crise financière mondiale, les investisseurs ont connu un phénomène rare dans l’histoire financière. Ils ont bénéficié de taux d’emprunt exceptionnellement bas, d’une abondance de capitaux et d’une liquidité facilement accessible. La situation n’a pas duré que quelques années. Elle a perduré si longtemps que ces conditions ont commencé à prendre les allures d’une norme.

Mais c’était tout sauf normal. 

Les périodes extraordinaires nécessitent des mesures extraordinaires 

Lors de la crise financière mondiale, les banques centrales mondiales ont dû agir rapidement et vigoureusement. Les taux directeurs ont été réduits et les bilans ont explosé. Entre 2009 et 2021, la Réserve fédérale américaine (la Fed) a maintenu son taux directeur sous la barre des 1 % pendant environ 11 des 13 années et, au cours de cette période, son bilan est passé de moins de 1 000 milliards de dollars américains à près de 9 000 milliards de dollars américains après la pandémie¹. Cela a permis de stabiliser un système bancaire ébranlé et de soutenir la croissance économique.

La persistance de ces conditions a toutefois contribué à normaliser les coûts de financement historiquement bas, même si de tels contextes sont très inhabituels sur des cycles économiques plus longs. Cela a donc également transformé le comportement des investisseurs. Sur le plan psychologique, le coût du capital n’était plus vraiment une contrainte pour les investisseurs, mais plutôt une hypothèse de base. Aujourd’hui, l’ère de l’argent « bon marché » fait figure d’exception plutôt que de nouvel état d’équilibre. 

Les conséquences

Actuellement, plusieurs des forces qui ont soutenu des taux extrêmement bas se sont inversées. L’inflation s’est révélée plus persistante que prévu, les gouvernements affichent des déficits budgétaires plus importants et les marchés de l’emploi demeurent relativement serrés. Même si les premières hausses des taux directeurs se sont produites il y a plusieurs années, les conséquences plus générales ne se sont pas encore pleinement matérialisées.  En parallèle, l’économie mondiale est entrée dans une nouvelle phase d’intensité du capital. Des investissements importants sont consacrés aux infrastructures, à l’intelligence artificielle (IA), aux systèmes énergétiques et à la sécurité nationale.

L’essor de l’IA générative illustre bien ce changement. Les plus grandes sociétés technologiques du monde, dont plusieurs ont bâti leur modèle d’affaires autour de plateformes logicielles très évolutives et relativement peu exigeantes sur le plan du capital, consacrent maintenant des centaines de milliards de dollars aux centres de données, aux infrastructures informatiques, aux semi-conducteurs et à la capacité énergétique. Certaines prévisions sectorielles portent à croire que les dépenses mondiales en infrastructures d’IA pourraient dépasser la barre des 1 000 milliards de dollars américains par année avant la fin de la décennie², ce qui souligne l’ampleur du capital requis pour soutenir la prochaine phase de développement technologique. 

Le paradoxe de placement qui définit la présente décennie pourrait être le fait que le capital devient plus cher, au moment même où les plus grandes occasions de croissance au monde deviennent plus exigeantes en capital. Le capital est moins abondant et exige désormais des volumes plus importants que ceux auxquels de nombreux investisseurs s’étaient habitués depuis la crise financière mondiale. 

Quand le coût du capital redevient déterminant

Le retour d’un coût du capital important modifie le fonctionnement des marchés :

  • le financement n’est plus considéré comme acquis;
  • la croissance doit être financée avec plus de prudence;
  • la rentabilité et les flux de trésorerie regagnent de l’importance;
  • la solidité du bilan devient une source de résilience plutôt qu’un frein aux rendements. 

La réaction du marché depuis 2022 reflète ce changement. Plusieurs des sociétés de croissance spéculative dont les évaluations étaient les plus élevées ont fait l’objet de réévaluations à mesure que les taux directeurs ont été relevés, tandis que les sociétés affichant des flux de trésorerie, une rentabilité et un bilan plus solides se sont généralement avérées plus résilientes³. 

Ce changement ne signifie pas que l’innovation ou la croissance disparaissent, mais plutôt que la barre devient plus haute. Il coïncide également avec un changement plus général dans les chefs de file du marché. Pendant la majeure partie de l’ère des taux peu élevés, les investisseurs ont souvent privilégié des modèles d’affaires qui pouvaient être mis à l’échelle rapidement, tout en nécessitant des investissements physiques limités. L’attention du marché se tourne toutefois de plus en plus vers les sociétés capables de déployer d’importants montants de capital de façon productive et de générer des rendements intéressants sur ces investissements. Qu’il s’agisse d’infrastructures d’IA, d’électrification, de relocalisation industrielle ou de systèmes énergétiques, plusieurs des occasions de croissance les plus importantes actuellement comptent également parmi celles qui sont les plus exigeantes en capital.

Conséquences pour les placements dans un monde réévalué

Pour les marchés boursiers, ce changement met l’accent sur la différenciation entre les sociétés. Les sociétés capables de générer un rendement du capital investi durable se distinguent plus clairement que celles qui dépendent d’un accès continu à du financement bon marché. Les évaluations deviennent également plus sensibles à l’exécution, et pas seulement aux attentes. Dans l’ensemble des secteurs, les équipes de direction misent de plus en plus sur la productivité, la rentabilité et les rendements mesurables plutôt que sur la croissance à tout prix. Cela reflète un changement plus général à l’égard de la rigueur en matière de capital qui se produit dans l’ensemble de l’économie.

Du point de vue de la construction de portefeuille, un coût du capital plus élevé renforce l’importance d’un état d’équilibre. Les hypothèses qui sous-tendaient les portefeuilles à l’époque où les taux étaient quasi nuls pourraient ne plus tenir la route de la même façon à l’avenir. Il pourrait être bénéfique pour les investisseurs de miser sur la diversification, les sociétés de grande qualité et les sources de rendement multiples, plutôt que de s’appuyer sur un seul résultat macroéconomique.

Les faibles coûts d’emprunt sont le résultat d’une réaction politique extrême à une période unique dans l’économie et sur les marchés financiers. Ce qui est intéressant actuellement, c’est que le coût du capital augmente au même rythme que la demande. Les grands thèmes de placement, comme le déploiement de l’IA, la mise à niveau des systèmes énergétiques, la modernisation des industries et l’augmentation des dépenses en défense, sont tous à forte intensité de capital et nécessiteront un financement important au cours de la prochaine décennie.

Pour les investisseurs, cela représente plus qu’un changement dans le régime des taux d’intérêt; c’est le signe d’une réévaluation plus large du capital lui-même. Le fait de reconnaître ce changement et de comprendre quelles sociétés peuvent prospérer dans ce contexte pourrait s’avérer l’un des principes de placement fondamentaux les plus importants de la décennie à venir.


¹ Données économiques de la Réserve fédérale américaine (FRED), taux effectif des fonds fédéraux et actifs totaux de la Réserve fédérale, consultées en juin 2026.

² IDC, « AI Infrastructure Spending Caps Historic Year at ~$90 Billion in Q4 2025; 2029 Spending to Eclipse $1 Trillion », 16 avril 2026.

³ MSCI, « Interest Rates and Equity Valuations », 2023; données sur le rendement du marché des indices S&P Dow Jones, de 2022 à 2024.

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